Ea Sola / Air lines / Déracinée

Photo Cie Ea Sola

Ea Sola :

 

 

Déracinée

 

 

Un personnage errant, frêle et fragile, accablé, en proie à une intense réflexion, comme si le poids du monde reposait sur ses frêles épaules. Ea Sola, car c’est elle, semble perdue, ne sachant plus ni où elle se trouve, ni à quoi se rattraper. Une grande tristesse l’étreint. Lentement ses mains se lèvent, suppliantes, tendues vers un but qu’elle sait d’ores et déjà ne jamais pouvoir atteindre. Un but qui s’éloigne d’elle davantage à chacun de ses pas. Des images de guerre hantent sa mémoire… Des images dont elle voudrait se défaire mais qui reviennent sans cesse à elle comme un leitmotiv. Celles d’un passé qui l’a marquée, qui la révulse mais contre lequel elle ne peut rien. Pourra t'elle les effacer ?

Tandis que défilent devant ses yeux le nom d’une foultitude de pays qu’elle a connus ou qu’elle voudrait connaître, des vagues surgies d’un mystérieux océan l’arrachent à sa méditation et l’entraînent. Mais elle ne se laissera pas engloutir. Des images de boat-people luttant pour leur survie défilent alors sur un écran-mémoire. Alternant avec celles de bidonvilles et de misère. Celles de son passé. Un bout de chiffon passe à sa portée : elle l’agrippe et s’y accroche. C’est le drapeau américain, de ce pays qui a causé sa chute …

Née au Vietnam pendant la guerre d’un père vietnamien et d’une mère française, Ea Sola avait du mal à supporter les vicissitudes de son pays. Un jour de 1978, elle débarque en France et s’initie au théâtre et à la danse. Mais l’amour de son pays étant le plus fort, elle y retourne onze ans plus tard pour y faire des recherches sur ces deux arts. Elle y retrouve alors tous ceux qui n’ont pu s’en sortir. Mais aussi la mémoire de ceux qui y ont crevé de faim. Elle y demeurera cinq ans avant de revenir en France, sa terre d’asile. Par impuissance devant l’adversité peut-être ?

Briser les barrières entre les peuples, entre les classes sera désormais le seul but de son existence. Faire prendre conscience, à ceux qui vivent dans la paix et la sérénité, de ceux qui souffrent. De ceux qui, comme elle, sont des déracinés. Sa première œuvre, Sécheresse et pluie, mettra en scène une quinzaine de paysannes vietnamiennes brisées par le labeur, la plus âgée ayant 76 ans ! Des images que l’on ne pourra jamais oublier. Aujourd’hui, elle poursuit sans relâche et sans faillir ce travail de missionnaire dans un monde déchaîné, balayé par les tempêtes que les hommes ont eux-mêmes provoquées…

 

J.M. Gourreau

 

Air lines / Ea Sola, Théâtre des Abbesses, Janvier 2011.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau