Eleonora Abbagnato / Ballet de l'Opéra de Rome / Sous le signe de l'amour et de la volupté

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Le parc / A. Preljocaj - Photo Yasuko Kageyama

Eleonora Abbagnato et le Ballet de l’Opéra de Rome :

 

Sous le signe de l’amour et de la volupté

 

Quasiment inconnu en France jusqu’à ces deux dernières années, le Ballet de l’Opéra de Rome a acquis depuis une notoriété grandissante grâce à sa nouvelle directrice, Eleonora Abbagnato, danseuse-étoile de l’Opéra de Paris. C’est en effet en avril 2015 que cette artiste d’origine sicilienne prend la direction de cette compagnie fondée à la fin du 19è siècle, compagnie à la tête de laquelle se succédèrent des figures célèbres de la danse comme Maïa Plissetskaïa, Pierre Lacotte, Elisabetta Terabust, Carla Fracci... qui ont forgé sa réputation, au moins dans ce pays. L’une des premières œuvres que sa nouvelle directrice remontera pour la présenter à Rome sera la Chauve-Souris de Roland Petit*, ce qui n’est point pour nous étonner car c’est à l’issue d’une représentation d’un autre chef d’œuvre de ce chorégraphe au Palais Garnier, sa célèbre Carmen dans lequel Abbagnato tenait le rôle-titre, qu’elle sera nommée danseuse-étoile. C’est également à Roland Petit qu’elle doit son entrée à 18 ans à l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris, ainsi que sa première apparition sur scène à l’âge de 11 ans dans le rôle d’Aurore-enfant dans sa version de la Belle au bois dormant… On ne sera donc pas surpris outre mesure si cette artiste voue une admiration sans bornes à ce grand maître qu’elle considère comme son père spirituel et si elle cherche entre autres désormais, avec l’aide de Luigi Bonino, l’un des plus fidèles interprètes de ce chorégraphe, à perpétuer tant sa mémoire que son œuvre !

C’est la raison pour laquelle on trouve cette saison au programme du Ballet de l’Opéra de Rome quatre ballets signés Roland Petit, L’Arlésienne, La Rose malade, Proust ou les intermittences du cœur et Cheek to cheek, une pièce pleine de finesse et d’esprit comme lui seul en avait le secret. Un panorama qui aurait pu être éclatant si Wei Wang, qui s’était blessé à la répétition générale de L’Arlésienne le matin même, n’avait pas été contraint de danser le soir le rôle principal de Frédéri, faute de remplaçant apte à le suppléer… Malaise vite effacé par le chef d’œuvre suivant, La Rose malade, sur le poignant Adagietto de la 5è symphonie de Mahler, pathétique pas-de-deux d’un romantisme exacerbé, malheureusement oublié par l’Opéra de Paris, comme la plupart des autres ballets de Roland Petit d’ailleurs… Or cette œuvre fut magnifiquement interprétée par Eleonora Abbagnatto elle-même et par le danseur italien Giacomo Castellana. Un vrai régal.

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Federica Maine & Giorgia Calenda / L'Annonciation / A. Preljocaj                                                                      Photo Yasuko Kagayema


 

Eleonora Abbagnato / Cheek to Cheek / R. Petit / Ph. G. Gastel                                                Eleonora Abbagnato et Gicomo Castellana / La Rose Malade / R. Petit - Ph. J. Couturier

D’un tout autre style, Proust ou les Intermittences du cœur, pièce inspirée du roman A la recherche du temps perdu de ce célèbre écrivain, un duo masculin magistralement dansé par Michele Satriano et Simone Agrò qui relate le combat de l’Ange et du démon. La soirée se terminait sur un petit bijou de fantaisie, de piquant et d’humour, Cheek to cheek, un hommage à Fred Astaire créé cinquante ans plus tôt par Zizi Jeanmaire et Luigi Bonino à Bobino, sur une musique d’Irving Berlin : un ballet à nouveau remarquablement dansé, entre autres par Eleonora Abagnatto et Alessio Rezza, avec autant d’élégance que d’intelligence.

Mais si la directrice du ballet de l’Opéra de Rome, une des rares compagnies de ballet à programmer de la danse classique en Italie, est une adepte de Roland Petit, elle n’en oublie pas pour autant la danse contemporaine : c’est ainsi qu’elle a programmé en première partie de soirée deux œuvres d’Angelin Preljocaj, chorégraphe dont elle s’avère aussi très proche, la célèbre Annonciation ainsi que des extraits du Parc, œuvre inspirée des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos qu’elle a eu l’occasion de danser à l’Opéra de Paris à plusieurs reprises. L’absence de décors sur la scène de l’Opéra de Massy avait l’avantage de mettre en valeur la parfaite maîtrise des interprètes, la beauté de la chorégraphie et, surtout, l’émotion et la sensualité contenues dans cette œuvre, apanage et reflet de l’âme de son auteur. Une compagnie qui se révèle ambassadrice de la danse française, avec laquelle il faudra désormais compter.

J.M. Gourreau

Annonciation & Le Parc / Angelin Preljocaj ; L’Alésienne, La Rose malade, Proust ou les Intermittences du cœur & Cheek to cheek / Roland Petit, Ballet de l’Opéra de Rome, Opéra de Massy, 23 et 24 novembre 2018.

*Ce ballet a été donné avec les danseurs du Ballet de l’Opéra de Rome au Théâtre des Champs-Elysées le 13 janvier 2017.

 

rc / A Preljocaj

 

Eleonora Abbagnato / Ballet de l'Opéra de Rome / Roland Petit / Angelin Preljocaj / Massy / Novembre 2018

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