Emanuela Nelli / Banshees / L'univers intemporel féminin

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.Photos L. Philippe
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Emanuela Nelli :

L'univers intemporel féminin

 

Bien qu'elle n'en ait pas réellement conscience, n'en fasse pas état et ne le revendique pas vraiment, Emanuela Nelli s'avère profondément marquée par l'art de Carlotta Ikeda, qu’elle a côtoyé en tant que danseuse, voire assistante pendant plus de dix ans. Cette jeune chorégraphe italienne, encore peu connue en France bien qu'elle s'y soit souvent commise, a en outre de nombreuses cordes à son arc, entre autres, et non des moindres, celle de réunir et de faire fusionner, dans une parfaite harmonie, plusieurs arts ensemble, au point de les rendre indissociables. Ainsi en est-il de Banshees, une œuvre dans laquelle elle revendique et met en avant sa féminité ou, tout au moins, diverses facettes de la femme, entre autres sa réactivité, ses forces spécifiques, sa faculté et sa puissance créatives, indépendamment de tout facteur extérieur. C'est toutefois une pièce très intimiste dans laquelle rien n'est réellement dit mais plutôt suggéré, une pièce où danse, musique, arts plastiques et scénographie sont complémentaires et étroitement intriqués, une pièce où tout superflu est systématiquement éliminé pour n'en laisser transparaître que la substantifique moelle. Le ressenti est issu de l'ambiance créée par la pianiste Emmanuelle Tat, le compositeur live Alain Mahé et le plasticien Michel Caron mais, surtout, du jeu des deux danseuses, Anne-Sophie Lancelin et la chorégraphe elle-même. Celles-ci possèdent en effet la faculté de transmettre inconsciemment aux spectateurs, par le truchement d'une gestuelle lente, mesurée, lourdement chargée de sens, la profondeur des sentiments qui les animent et qui s'avèrent l’exact reflet de leur âme. C'est en cela que cette œuvre se rapproche du butô de Carlotta, c'est aussi en cela qu'elle nous tient en haleine, qu'elle reste et restera profondément gravée dans nos mémoires, longtemps après en avoir humé l'essence.

Banshees est en fait un parcours composé de sept tableaux radicalement différents, se déroulant chacun dans un fragment de lieu, au cœur d’un ilot n’apparaissant jamais dans sa globalité et relié aux autres par des passerelles invisibles. Rien de commun à ces différentes saynètes si ce n’est qu’elles sont traversées par deux femmes aux spécificités différentes qui vont vivre ensemble et partager de courtes "aventures". Certaines scènes trouvent leur source dans la musique, d’autres dans les oeuvres plastiques ou les lumières, d’autres encore dans les heurs ou les aléas de la vie. Une suite de saynètes miniatures, parfois énigmatiques, dans lesquelles on retrouve ces deux femmes dans leurs similitudes et différences, au travers, pour le ler tableau, d'une tarentelle magistralement interprétée au toy piano* par Emmanuelle Tat, générant une danse qui évoque les forces de résistance du corps à se livrer. Autre tableau qui tire son origine de la musique, le 4ème dont le travail sur les cordes à vide du piano sont inspirées de The Banshee, partition du compositeur américain Henry Cowell, qui a donc donné son nom à l'œuvre. Or, dans la mythologie celtique irlandaise, une banshee est une créature surnaturelle considérée, dans l'autre monde, comme messagère de la mort et qui apparait en gémissant à proximité de celle ou de celui en passe de mourir...

Les 6ème et 7ème tableaux en revanche sont tous deux inspirés de figurines en verre érigées, la dernière sculptée d'après une statue roumaine de 5000 ans, reposant sur un lit de sable évoquant pour d'aucuns la naissance et, pour d'autres, la tombe de Carlotta...

J.M. Gourreau

Banshees / Emanuela Nelli, Atelier de Paris - Carolyn Carlson, 31 mars 2015, dans le cadre de la 18ème biennale de danse du Val-de-Marne.

 

* Le toy-piano ou piano-jouet en français est un instrument de musique polyphonique à clavier de la famille des percussions, fonctionnant sur le même principe que le célesta : les touches du clavier actionnent des marteaux qui frappent les lames métalliques de l'instrument. A l'origine, celui-ci était un jouet destiné aux enfants mais quelques compositeurs l'ont également utilisé dans leurs compositions tels John Cage, George Crumb et, ici, Matthiew McConnell (Concerto for toy-piano and chamber orchestra).

Emanuela Nelli / Banshees / Atelier de Paris Carolyn Carlson / Mars 2015

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