Emiko Agatsuma / Ode à la chair / Un univers aussi cruel que violent

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Photos Naoko Kumagai

 

 

 

Emiko Agatsuma :

Un univers aussi cruel que violent

 

Des images aussi inquiétantes que saisissantes évoquant le tsunami de 2011 dans la région de Tôkohu au Japon mais aussi celles des aléas et turpitudes de l’existence de la femme, telles sont les deux idées maîtresses de cette Ode à la chair que nous offre la compagnie Dairakudakan pour son retour à Paris. Fidèle à sa tradition, cette célèbre troupe de butô, fondée par Maro Akaji en 1972, présente deux spectacles aux images poignantes tant par leur message que par leur beauté intrinsèque, frappant l’imagination. Cette fois, Maro Akaji, directeur artistique de la compagnie, a confié cette Ode à la chair à l’une de ses disciples, Emiko Agatsuma, sa plus ancienne interprète.

La force de la première image est incommensurable. Tandis que quatre rescapées suspendues au fond d’un filet et recroquevillées sur elles-mêmes semblent lentement reprendre vie après avoir été sauvées in extremis de leur chute dans les eaux déchaînées de l’océan, six autres femmes semblent désespérément s’agripper aux aspérités d’un mur éventré, battu par le ressac, luttant farouchement contre les assauts furieux des éléments. Un tableau qui n’étonnera personne lorsque l’on sait que la chorégraphe, née dans cette région frappée par le tsunami, y retourna après la catastrophe pour aider ses compatriotes à évacuer la boue et nettoyer les rues.

La suite de l’œuvre qui ne semble pas directement liée à cette image évoque davantage le cycle de la vie. En digne émule de Maro Akaji, Emiko Agatsuma qui présente ici sa troisième pièce, a pris le parti d’intriquer plusieurs idées dans un même tableau : ce n’est en effet que lorsque les quatre femmes suspendues dans leur filet commencent à bouger, que l’on s’aperçoit qu’elles sont comme « emballées » dans une enveloppe transparente évoquant les enveloppes fœtales. Le fait de s’efforcer d’en sortir en déchirant ces enveloppes n’évoquerait-il pas la naissance ? Il en sera de même avec les autres tableaux qui feront intervenir plusieurs thèmes essentiellement liés à la féminité et à la coquetterie, à la sensualité et la sexualité, au passage de l’adolescence à l’âge adulte puis de la mort à la renaissance. Mais surtout, on y trouvera la cruauté, la violence intérieure, le sadisme et les phobies féminines, telles cet accouchement non d’un bébé mais d’une femme-enfant ou, encore, cette décollation inspirée des peintures du Caravage ou de Rubens dans lesquelles Salomé présente la tête de Saint Jean-Baptiste à Hérode sur un plateau d’argent avec une satisfaction évidente… Des scènes qui pourraient faire frémir mais qui nous ramènent à la dure réalité de la vie dans notre univers.

J.M. Gourreau

Ode à la chair / Emiko Agatsuma, Dairakudakan,  Maison de la culture du Japon à Paris, du 4 au 6 juin 2015.

Emiko Agatsuma / Ode à la chair / Maison de la culture du Japon / Juin 2015

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