Emio Greco / Passione in due / Déroutant

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 Emio Greco :

 

 

Déroutant

 

 

       Ph. Gerco de Vroeg                                                                                                                                                       Ph. J.P. Maurin

 

 Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. On avait en effet connu Emio Greco dans de meilleures circonstances. Pourtant, son idée originelle et celle de son compère, le pianiste – compositeur Franck Krawczyk, étaient excellentes : n’avaient-ils pas souhaité revisiter ensemble La Passion selon St Matthieu de Bach en l’adaptant au goût du jour pour la faire ensuite dialoguer avec l’art de Terpsichore ? Les choses, d’ailleurs, avaient bien commencé. L’arrangement musical pour piano ? Du grand art : nul doute que Bach y eut retrouvé ses petits. Emio Greco ? un danseur superbe, d’une grande noblesse avec son costume lamé d’argent. Les premières notes furent le prélude à des échauffements et à des exercices de souplesse et d’élongation en prenant pour prétexte diverses positions de la danse classique. Un bel exercice de style, très musical, mettant en avant les prodigieuses capacités physiques d’un danseur racé à l’acmé de sa carrière. Rien de transcendant toutefois, mais fort agréable à goûter dans ce prestigieux écrin que constituait le théâtre des Bouffes du Nord.

Mais voilà, un troisième larron s’immisça - virtuellement - au beau milieu de ce duo, et c’est alors que les choses se gâtèrent. Pourtant, voilà presque 20 ans que Pieter Scholten et Emio Greco se sont rencontrés, 20 ans qu’ils travaillent ensemble, 20 ans qu’ils nous ont donné à voir des chefs d’œuvre dans lesquels la danse et le théâtre avant-gardiste s’interpénètrent avec beaucoup de bonheur. D’ailleurs, un nouveau terme a été inventé pour qualifier leur travail, celui d’extrêmalisme… Rien d’extrême pourtant dans cette Passione in due qui nous a été servie dans le cadre de ce Festival d’Automne, bien au contraire : une foultitude de propositions scénographico – chorégraphiques, pour la plupart jamais abouties ou ne débouchant sur rien… Certaines de très mauvais goût d’ailleurs, comme celle - maintes fois utilisée - de s’étaler de tout son long sur une jeune fille du 1er rang en faisant mine de trébucher ! Ou, encore, de faire semblant de boire différents liquides - de la couleur d’un bonbon anglais - pour les recracher l’instant d’après en s’éclaboussant soi-même et, en outre au passage, quelques spectateurs... Tout cela peut-être pour être (ou paraître) dans le vent, à l’instar de quelques soit-disant chorégraphes provocateurs sans talent…  Dommage car certains passages d’une grande intensité reflétaient parfaitement le génie de Jean-Sébastien Bach et la profondeur de sa partition. Emio Greco devrait pourtant savoir qu’il n’a désormais plus rien à prouver et que faire le clown, aussi pathétique qu’il puisse être, ne pourra jamais être à son avantage.

J.M. Gourreau

 

Passione in due / Emio Greco / Mise en scène P. C. Scholten, Théâtre des Bouffes du Nord, 26-28 Septembre 2012.

Emio Greco / Passione in due / Théâtre des Bouffes du Nord / Septembre 2012

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