Eric Arnal Burtschy / Bub : Bouncing universe in a bulk / Noir, quand tu nous tiens...

 

 

Photo M. Boucher

Eric Arnal Burtschy :

 

 

 

 

Noir, quand tu nous tiens...

 

 

Le noir est une couleur particulièrement prisée par l’Homme, peut-être du fait de sa symbolique : si elle est associée au mystère, aux ténèbres et à la mort, elle l’est également à la sobriété, à l’élégance, au raffinement et au luxe. Sont-ce les raisons qui ont amené Eric Arnal Burtschy à concevoir cette œuvre étonnante mettant en scène une dizaine de danseurs et autant de figurants tous peints en noir, évoluant dans une sorte de temple lui aussi d’un noir intense et profond, que n’aurait sans doute pas renié le peintre Soulages ?

Des formes spectrales anonymes, d’abord figées comme des statues, s’animent dans la quasi-obscurité, seulement éclairées par un rayon de lune déchirant l’obscurité. Silencieuses, elles glissent sur le sol luisant comme sur un miroir de glace, se frôlent, se redressent, se croisent, s’étreignent, se nouent… Le noir accentue leur mystère. Qui sont-elles, d’où viennent-elles ? Leur stature, leur silhouette permettent juste de distinguer les sexes. Le rai de lumière met en valeur la forme et la beauté de leurs muscles de jais. De véritables sculptures en mouvement ! Petit à petit, l’œil s’habitue à l’obscurité, il la transperce pour s’appesantir sur ces formes sculpturales mouvantes qui dessinent des arabesques d’une grâce et d’une légèreté inouïes… Contrebalancées et cassées d’ailleurs par la rigidité d’autres êtres aux attitudes figées qui passent et repassent telles des ombres, traversant le plateau de cour à jardin, pour s’immobiliser un instant en posture de yogi dans un coin de la scène, les jambes dardées vers le ciel.

Alors que rien ne le laissait prévoir, un spectateur assis au milieu du public se lève, se dévêt entièrement, descend sur la scène, plonge dans le liquide noir٭ qui recouvrait le plateau et s’en enduit totalement avant de se fondre parmi les danseurs. Il est bientôt suivi par une spectatrice, puis une autre, puis d’autres encore. Comme si la salle brusquement se vidait d’un seul coup. Sur scène, c’est maintenant un grouillement de corps qui s’effleurent, s’enlacent, se jettent au sol et s’ébattent comme de joyeux drilles tout noirs dans l’onde noire. Dans le public, l’émotion fait place à la stupéfaction. Si la lumière s’est faite plus intense, les corps restent toujours anonymes ; bientôt, ils s’ordonnent et entament une ronde, traçant des figures en cercles puis en huit, évoquant celles d’une reprise de chevaux dans un manège. Mais ce défilé, se répétant interminablement à l’identique, engendre inattention et lassitude. Dommage, car l’œuvre amputée de son dernier quart d’heure, aurait été, du fait de son originalité, une véritable pièce d’anthologie.

J.M. Gourreau

 

Bub : Bouncing universe in a bulk / Eric Arnal Burtschy, Vanves, Salle Panopée, dans le cadre d’Artdanthé, Mars 2011.

 ٭Il s’agit en fait d’un mélange d’huile de colza, de fécule de pomme de terre et de pigment noir.

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