Erika Zuenelli / Para Bellum / Réflexions intimes sur le devenir de l'être /

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Photos

Olivier Renouf

 

 

 

 

Erika Zueneli :

Réflexions intimes sur le devenir de l’être

 

P1020408Comme nombre d’artistes à l’heure actuelle, la situation engendrée par la Covid-19 a contraint Erika Zuenelli à poursuivre sa réflexion sur les questions existentielles. Nous vivons, depuis quelques mois en effet une période difficile, pour beaucoup pleine d’incertitudes, génératrices de solitude et de tensions, voire même de désespoir. L’instant est propre à la réflexion et met le corps en état de tension. Qu’allons-nous bien devenir ? A quoi faut-il s’attendre ? Va-t-il falloir se préparer à un nouveau combat ? Et comment notre être intime va-t-il réagir ?

Plus que toute autre forme de danse, le solo permet au chorégraphe-interprète, fut-ce par une gestuelle minimaliste, d’exprimer, avec une force considérable l’état intérieur profond qui le tenaille. Le moindre de ses sentiments est capté, assimilé par les spectateurs conditionnés, lesquels le lui renvoient, décuplé, par le truchement d’une énergie irradiante, à l’image du va-et-vient d’une balle de ping-pong. C’est ainsi qu’il s’établit un courant, une osmose entre l’artiste et son public.

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Photos J.M. Gourreau

C’est un être profondément plongé dans ses pensées, comme désemparé, qui s’offre à nous lorsque le rideau se lève. Un être tendu, perplexe, bouillonnant d’une énergie intérieure contenue, qui ne peut s’extérioriser. Un être qui semble souffrir, qui se questionne et qui émerge peu à peu de sa torpeur. L’univers qui s’offre à lui n’est que cendres. Un état de peur l’étreint : bien que perdu, il est sur le qui-vive, face à une réalité nouvelle. Petit à petit, sa raison lui revient : il lui faut réagir, sortir, se détacher de ce fatalisme qui envahit son esprit. Sa gestuelle, étroite et dépouillée, désordonnée, entrecoupée de longs silences, est lourdement chargée de sens. Ses attitudes, ses mouvements, bien que répétitifs, se réorganisent peu à peu. Son existence s’affirme. Il est totalement à l’écoute de son corps. De la perdition, il passe à l’alerte puis à l’hésitation et à la prise de risque, s’électrise, se prépare au combat. Mais aura-t-il vraiment lieu ?

Au travers de ce solo, Erika Zueneli semble se remettre en question, se reconstruire après un passage d’évènements douloureux. Les différents états qu’elle a traversés sont exprimés certes avec un fatalisme non feint mais aussi avec une grande pudeur et suffisamment de force pour que nous puissions les comprendre et, à notre tour, y faire face pour engager la lutte. Se « préparer à la guerre » afin de ne pas se laisser dépasser. Une réflexion intime sur la vie mais aussi, d’une manière plus générale, sur le devenir de l’existence, qu’elle parvient superbement à nous faire partager.

J.M. Gourreau

Para Bellum / Erika Zueneli, avant-spectacle donné à huis-clos au Regard du Cygne  à Paris le 5 février 2021, dans le cadre du Festival "Faits d'hiver".

 

Erika Zuenelli / Para Bellum / Le Regard du cygne / Février 2021

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