Eun-Me Ahn / North Korea Dance / Une apôtre de la paix

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Eun –Me Ahn :

Une apôtre de la paix

 

North korea dance eun me anh 08 jm chabotAmbassadrice de la danse coréenne en France, Eun-Me Ahn  serait-elle aussi ambassadrice de la paix dans son pays?

Mais commençons par un peu d’histoire. La Corée était, depuis 1910 jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, sous la domination de l’Empire du Japon. En septembre 1945, après la reddition de ce pays, les Etats-Unis d’Amérique et l’Union soviétique se partagent l’occupation de la péninsule coréenne. Les forces américaines s’installent alors au Sud, mettant en place un gouvernement communiste, tandis que les forces soviétiques prennent possession du Nord, le 38ème parallèle faisant office de frontière. Trois ans plus tard, cette séparation s’accentue, et les tensions entre les deux pays s’aggravent. En 1950, la guerre est ouvertement déclarée, et les forces du Nord envahissent le Sud le 25 juin. Cette guerre s’achèvera en juillet 1953 après rétablissement d’une zone tampon fortifiée entre les deux nations, non sans avoir fait quelque 800 000 morts parmi les militaires et 3 millions de victimes parmi les civils… De nos jours, les relations entre les deux pays se sont fort heureusement nettement améliorées bien que des incidents mineurs puissent encore éclater de temps à autre au niveau de leurs frontières...

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C’est cet épisode historique que nous narre Eun-Me Ahn, au début de son nouveau spectacle, North Korea Dance, non sans une pointe d’humour et de dérision, voire d’impertinence saupoudrée d’extravagance mais sans chercher à le minimiser. Si cette artiste n’a pas réellement vécu cet épisode tragique, elle n’en a pas moins subi les conséquences et en a sans doute beaucoup souffert. « Mais j’ai toujours été curieuse de savoir ce qui se passait en Corée du Nord, en particulier quelle danse on y pratiquait car, après tout, nous avons les mêmes racines, » explique t’elle dans le programme. Et c’est ce qu’elle nous apporte sur un plateau au cours de ce spectacle dédié à l’une des plus grandes danseuses de Corée du Nord, Choi Seung-Hee (1911-1969) : dès le début des années 30 en effet, celle-ci - à laquelle elle voue une grande admiration - se mit en devoir d’exporter les danses de son pays hors de ses frontières, tout en les modernisant (entre autres celle du couteau, de l’éventail et du masque). Souvent à ses dépens d’ailleurs car, lorsque la guerre contre la Chine éclate, elle est envoyée au front pour donner ses spectacles devant les soldats afin de leur remonter le moral, ce qui lui vaut la "récompense" d’être accusée de collaboration par les nationalistes coréens… 

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Photos J.M. Chabot

C’est sans doute d’ailleurs aussi à cette artiste qu’Eun-Me Anh - qui, soit dit en passant, marche sur ses traces - doit ce petit côté espiègle et frondeur, cette liberté chorégraphique, ce réel brin d’originalité qu’elle insuffle à ses propres danses - tout en respectant scrupuleusement le style et l’esprit de celles de la Corée du Nord - que l’on retrouve par la suite dans ce spectacle. C’est à partir de vidéos rapportées de ce pays, d’informations d’éléments glanés ça et là qu’elle a pu reconstituer ces danses, tout en les mâtinant d’une touche primesautière très personnelle, ce qui leur confère un petit côté ludique et un caractère fort attachant. Des danses légères, parfois très rythmées, qui nous sont présentées dans un écrin fastueux d’un goût exquis, d’une sobriété et d’une fraîcheur exemplaires, la scène étant tapissée d’un décor aux tons pastel, qui met bien en valeur les somptueuses couleurs chatoyantes des costumes portés par les danseurs. Une chorégraphie assez géométrique, vive et enlevée, souvent sautillée, truffée de difficultés techniques, une chorégraphie qui déstructure, restructure et mixe les styles traditionnels tant du Nord que du Sud aux danses contemporaines les plus variées, depuis Isadora Duncan jusqu’au hip-hop en passant même par les danses chamaniques, voire le cirque… Des styles différents, parfaitement maîtrisés par des artistes qui forcent l’admiration, qu’ils soient exécutés dans le silence (ce qui a pour effet, curieusement d’ailleurs, de rehausser leur éclat) ou accompagnés par une harmonieuse musique orchestrale mâtinée de folklore, due au compositeur coréen Young-Gyu Jang, connu notamment pour avoir écrit la bande-son des films Sympathy for Mr VengeanceA Bittersweet Life ou The War of Flowers. Or, si cette danse confirme l’identité culturelle qui existe entre ces deux nations, elle met aussi en avant leur ouverture à la modernité et, surtout, la nécessité d’unee réconciliation et d’une ré-union entre ces deux peuples de même obédience et de même culture, mais montés les uns contre les autres et séparés malgré eux par l’inconscience et la folie de certains de leurs dirigeants.

J.M. Gourreau

North Korea Dance / Eun-Me Anh, Théâtre des Abbesses, du 19 au 23 février 2019.

 

Eun-Me Ahn / North Korea Dance / Théâtre des Abbesses / Février 2019

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