Fabrice Lambert / Seconde nature / Un cri d'alarme saisissant

Fabrice Lambert :


Un cri d’alarme saisissant


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Fabrice LambertOn ne peut pas réellement savoir dans quel état d’esprit se trouvait Fabrice Lambert lors de la conception de sa dernière pièce, Seconde nature. Ce qui est certain, c’est qu’il reste toujours préoccupé par le devenir de la Nature et, avec elle, celui de l’Homme. Jamais assez, créée au Festival d’Avignon en 2015, articulée autour du projet "Onkalo", évoquait une éventuelle possibilité d’enfouissement en couche géologique profonde des déchets nucléaires finlandais pour une durée de 100 000 ans ! Utopie ? Sans doute… Aujourd’hui, Sauvage, une œuvre créée en 2018, nous interrogeait sur la façon dont nous nous comportons vis-à-vis de la nature et de ses paysages, "développant la conscience de notre relation à nos environnements". De la même veine, sa dernière création, Seconde nature, nous laisse aujourd’hui entrevoir ce qui nous attend si nous continuons à exploiter sans mesure cette nature et ses merveilleux paysages, à les saccager systématiquement comme nous le faisons encore et toujours aujourd’hui. 


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Photos J.M. Gourreau

D’entrée de jeu, le ton est donné. Un orage d’une rare violence auréolé d’éclairs saisissants éclate sur le plateau, plongeant le spectateur dans les ténèbres. La peur nous saisit au ventre lorsque nous entrevoyons des amas de corps qui se tordent avant de se consumer. Prémices ou avertissement de ce qui nous guette ? On ne peut s’empêcher de penser - bien que l’œuvre ait été écrite il y a plusieurs mois - au drame  qui vient de saisir les habitants des vallées de la Vésubie ou de la Roya dévastées par les flots déchaînés des rivières et torrents. Voire à ces catastrophes écologiques de toutes sortes qui nous assaillent aujourd’hui de plus en plus fort et de plus en plus souvent…  Cette vision cauchemardesque s’efface toutefois bien vite pour faire place à une vision édénique de notre univers au sein duquel, pour paraphraser Baudelaire, "les parfums, les couleurs et les sons (se fondent et) se répondent". Un instant d’une beauté et d’une harmonie inoubliables qui laisse entrevoir la naissance de la vie et qui contrebalance avec un rare bonheur les images cataclysmiques qui nous avaient été assénées le moment d’avant. Le temps est aboli, le calme est revenu, la sagesse et la sérénité envahissent le corps et l’âme de ces quatre êtres qui vibrent à l’unisson au sein d’un univers imaginaire baigné par la douceur des lumières de Philippe Gladieux et l’immatérialité des images et des musiques de Jacques Perconte. 

 

Lambert Ph. A. JulienFabrice Lambert 06Fabrice Lambert / Seconde nature / 05

                               Photo J.M. Gourreau                                                                                                              Photo J.M. Gourreau                                                                                                          Photo Alain Julien

Mais le manque de sagesse et de discernement de l’Homme, voire sa folie, auront bien vite raison de cet eldorado, de cette harmonie, et Lambert ramène l'image au présent. Devenu pantin, l’Homme, appelé à sa solitude, a perdu tout discernement, tout point de repère. L'espace est bientôt envahi par une incandescence physique sortant de chaque corps, nuages de purification, de perception globale du monde, de renouveau intime et pérenne qui signent une union sacrée avec la noblesse de la Nature. L’eau et le feu - traduisez par inondations et incendies ou dérèglements climatiques générateurs de tornades et de raz-de-marée - sont des éléments au présent qui prennent possession de l’univers au sein du plateau.
Voilà à nouveau une pièce d’une très grande force et du plus grand intérêt qui vient à point nommé pour nous rappeler la fragilité de notre univers et nous amener à réfléchir sur la condition humaine, nous remettant en mémoire le fait que notre destinée est entre nos mains et que nous courons à notre perte si nous ne réagissons pas au plus vite. Une note optimiste sous jacente à ces images transparait toutefois, signifiant que tout espoir n’est peut-être pas perdu…


J.M. Gourreau


Seconde nature / Fabrice Lambert, Centre des bords de Marne, Le Perreux, 6octobre 2020.
Prochaines représentations : du 15 au 18 octobre au Théâtre des Abbesses à Paris, 20 novembre à la Maison de la Musique à Nanterre, 3 et 4 décembre au Lux à Valence. 

 

Fabrice Lambert / Seconde nature / Le Perreux / Octobre 2020

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