Fabrice Ramalingom / Comment se meut / La leçon de Diderot

                                                                     

                                                Fabrice Ramalingom :

 

                           La leçon de Diderot

Photos J.M. Gourreau 

 

« Qu’est-ce donc que le vrai talent ? Celui de bien connaître les symptômes extérieurs de l’âme d’emprunt, de s’adresser à la sensation de ceux qui nous entendent, qui nous voient, et de les tromper par l’imitation de ces symptômes, par une imitation qui agrandisse tout dans leurs têtes et qui devienne la règle de leur jugement…». Ces quelques lignes de Diderot, extraites du Paradoxe du comédien, pourraient avoir été source de réflexion pour Fabrice Ramalingom lorsqu’il conçut Comment se ment. Ce titre peut en effet être lu de deux manières : comment débuter une pièce, quels en sont les prémices mais, aussi, faut-il être « vrai », montrer les choses comme elles sont en nature pour pouvoir toucher le spectateur ? La réponse de Diderot à cette question est très claire : tout le talent de l’acteur consiste « non pas à sentir, comme vous le supposez mais à rendre si scrupuleusement les signes extérieurs du sentiment, que vous vous y trompiez…» Bref, au théâtre, pour être vrai, il faut savoir mentir en exagérant les choses…

Créé il y a deux ans, Comment se ment évoque la préparation tant physique qu’intellectuelle de l’artiste avant son entrée sur scène. Non seulement celui-ci doit jauger son public, en saisir son état d’esprit, en sentir l’odeur pour évaluer son désir mais, aussi, tester ses propres facultés expressives, les « réchauffer » avant la représentation.

Cette œuvre se veut en même temps un autoportrait qui ne montre qu’une partie de lui-même, peut-être pour mieux en cacher les autres. A ce titre, une image émouvante - et qui, en même temps, donne à réfléchir - est omniprésente en arrière plan sur un écran : celle du visage d’un singe qui, au fil du spectacle, va prendre l’apparence du chorégraphe. Si cette photo évoque le surnom qui lui avait été donné du temps où il était danseur au CCN de Montpellier sous l’égide de Dominique Bagouet et de Trisha Brown, elle révèle aussi l’humanité et la sensibilité d’un homme simple, non imbu de lui-même qui, tout au long de son parcours, a été en quête de la connaissance et de la sagesse. Ce cheminement, cette transformation sont magistralement évoqués à l’issue de la pièce par le danseur lui même qui, peu à peu, s’est dépouillé de son enveloppe vestimentaire, mettant son être à nu pour aller le fondre dans l’image du singe devenue la sienne.

 

J.M. Gourreau

 

Comment se ment / Fabrice Ramalingom, Micadanses, dans le cadre de « Faits d’hiver », Janvier 2010.

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