Fabrizio Favale / Circeo / Enigmatique mais envoûtant

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Photos Alfredo Anceschi

Fabrizio Favale :

Enigmatique mais envoûtant

 

Circe john william waterhouseLa danse pour la danse. Le mouvement pour le mouvement. L’abstraction pour l’abstraction. Pas de réelle volonté affirmée d’évoquer quoi que ce soit, un sentiment, une idée. C’est davantage une atmosphère, une ambiance que Fabrizio Favale suggère dans Circeo, un patchwork chorégraphique certes énigmatique mais fort plaisant, du fait des questions que l’on se pose en le contemplant mais, surtout, de la beauté de la danse dévolue aux sept hommes qui l’interprètent. Une danse complexe mais rigoureuse, hypnotique et envoûtante, tantôt forte, brutale, voire guerrière, tantôt douce, légère et coulée, toute en courbes et en arrondis, qui fait pendant à l’intervention beaucoup plus théâtrale et non dansée - presque incongrue dirais-je même - de deux personnages venus d’un autre monde, Andrea del Bianco et le chorégraphe lui-même. Ce sont d’ailleurs eux qui ouvrent le spectacle, bottés, encapuchonnés et vêtus d’une combinaison d’un blanc immaculé, l’un muni d’une longue canne, l’autre courbé, tapi sous une sorte de peau de bête évoquant la toison d’un mouton. Seraient-ils, le premier la fille d’Hélios, l’ensorceleuse Circé, nantie de sa baguette magique, l’autre, l’une de ses victimes, transformée, à l’instar des compagnons d’Ulysse, en animal ? Personne ne le saura jamais. Toujours est-il que leur présence auréolée de mystère, qui plus est au début d’un spectacle qui se veut chorégraphique, interpelle… Atmosphère étrange perturbée par l’arrivée de sept danseurs, êtres éphémères qui vont et viennent fugitivement, disparaissent pour mieux réapparaître l’instant d’après. Leur fougue et leur entrain réchauffent le cœur. Mais eux non plus ne semblent pas porteurs de message, sinon leur joie d’être et de vivre ensemble. Leur danse, tantôt tellurique, tantôt céleste et sensuelle, est résolument abstraite, empreinte cependant d’une certaine magie. On peut toutefois y retrouver les forces originelles de la nature qui évoquent les contrées d’origine du chorégraphe, ces terres mythiques de la côte tyrrhénienne et de l’île d’Eéa, où Ulysse débarqua et rencontra la magicienne Circé ; on peut aussi y voir le feu des volcans, les tempêtes meurtrières, les volutes moutonnées et sinueuses des monts sous-marins, la rigueur des étendues glacées sibériennes mais peut-être également les déchets et tas d’immondices abandonnés par l’Homme, accumulés depuis des siècles au fond des océans, comme le suggère la dernière image de la pièce.

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 "Presque toutes mes œuvres tendent vers la danse abstraite, comme j’aime l’appeler", nous dit Fabrizio Favale dans le programme. Et de s’en expliquer : "Elles se tournent vers les astres, se propulsent à une distance qui laisse derrière elle les choses du monde. Et, en même temps, elles semblent naître des paysages italiens et de la culture populaire qui s’y rattache". En effet, ce que ce chorégraphe transmet à son public, c’est une trace certes fugitive des beautés de notre univers mais aussi de tout ce qui fait, "la puissance des roches désolées, des volcans en activité, des îles lointaines, des glaciers alpins, des transhumances des hommes et des migrations d’animaux sauvages", révèle t-il. Un univers tout de même assez loin de celui de l’Odyssée d’Homère et de l’histoire de Circé et d’Ulysse, de laquelle cette pièce pourrait avoir été inspirée.

J.M. Gourreau

Circeo / Fabrizio Favale, Cie "Les suppléants", Théâtre de la danse Chaillot, 22-24 mars 2018.

Photo dans le texte à gauche: "Circé offrant une coupe à Ulysse", par William Waterhouse

 

Fabrizio Favale / Circeo / Théâtre de Chaillot / mars 2018

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