Faizal Zeghoudi / Chorégraphie de la perte de soi / La vanité de la lutte pour la liberté

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Steve Appel

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Faizal Zeghoudi :

La vanité de la lutte pour la liberté

 

Bien que souvent attendu avec impatience, le retour de l'enfant prodigue dans sa famille ne se passe toujours comme prévu. Une mésaventure qui survint à Faizal Zeghoudi en 2008, alors qu'il n'était pas revenu dans son pays d'origine, l'Algérie, depuis son adolescence, il y a un peu moins de trente ans. Ses cousines germaines qu'il avait connues libres et sereines l'accueillirent avec le tchador, enfilant des gants pour lui serrer la main et le saluer... Un choc insupportable pour ce chorégraphe qui avait gardé une image de liberté et d'insouciance et qui, d'un coup, avait l'impression d'être devenu un prédateur. Ce besoin que ses propres sœurs éprouvaient de se masquer pour se protéger, d'occulter leurs désirs profonds, lui était insupportable. Il prenait brutalement conscience des ravages occasionnés par la religion dans laquelle sa famille - et avec elle tous les musulmans - avaient été contraints de s'enfermer, perdant ainsi en partie leur identité.

Ce choc se traduisit il y a deux ans par la création d'un duo d'une sensibilité extrême mettant en avant, avec une grande pudeur, deux êtres nus, un africain noir et une femme arabe affublée toutefois d'un tchador, voile ô combien agressif qui, finalement, n'eut pour effet que de mettre en avant et d'exacerber la sensualité de l'être féminin contraint de s'en parer. Le chant de la gazelle s'avéra alors une œuvre certes très sensuelle et osée mais aussi d'une grande pureté, un corps à corps charnel plastiquement superbe jouant de manière ambiguë sur le trouble provoqué par le désir et le fantasme, perdus du fait de l'interdit. Ce pas de deux, au sein duquel éclate l'amour et la passion mais qui aboutit sur l'impossibilité pour l'Homme de "posséder" sa compagne malgré son abandon, a été repris dans la dernière pièce de Faizal, Chorégraphie de la perte de soi, une pièce d'anthologie superbement exécutée par Deborah Lary et Assan Beyeck Rifoe avec une épure, une maîtrise, une aisance et un naturel qui la rendent extrêmement émouvante.

Sur le même registre, la première partie de l'œuvre, au sein de laquelle toute fioriture fut de la  même manière soigneusement éliminée pour n'en laisser transparaître que la substantifique moelle, s'avérait plus poignante encore, décrivant avec un naturel et une simplicité criants l'impossibilité pour la femme musulmane de s'émanciper, malgré sa  volonté ardente et sa détermination. L'implacabilité et l'opiniâtreté sans faille des cinq hommes reconduisant fermement et inlassablement cette femme à son foyer, le sentiment de profonde injustice qui l'étreignait, son impuissance, sa souffrance et son désespoir grandissants étaient difficilement supportables. Une œuvre d'une grande portée philosophique servie par des décors d'une sobriété exemplaire ainsi que par les superbes éclairages de Luc Kerouanton, qui amènent à réfléchir sur la condition sociale et culturelle de la femme dans les pays du Maghreb, tout particulièrement au mariage à l'issue duquel aucune échappatoire ne s’avère possible, la conduisant irrémédiablement à la mort.

J.M. Gourreau

Chorégraphie de la perte de soi / Faizal Zeghoudi, création à la M.J.C. de Colombes, le 25 octobre 2014.

Prochaines représentations : 18 et 19 novembre 2014 à l’Opéra National de Bordeaux dans le cadre du Festival Novart.

 

Faizal Zeghoudi / Chorégraphie de la perte de soi / Colombes / Octobre 2014

Commentaires (1)

1. Dubos 28/10/2014

A voir absolument !Ce spectacle ne nous laisse pas indemne ...j'ai aimé au plus profond de moi .Merci a Faysal et aux danseurs et encore un grand bravo !

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