Farid Berki / Fluxus game / Le hip hop prend le large

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Dan Aucante

 

 

 

Farid Berki :

Le hip-hop prend le large

 

Que de chemin parcouru pour Farid Berki depuis 1995, date à laquelle, encore danseur de rue, il participait pour la première fois à Suresnes Cités Danse comme danseur-interprète !  Quelque temps plus tard, Olivier Meyer le réinvitait mais en tant que chorégraphe cette fois et ce, à plusieurs reprises, entre autres en janvier 2000 avec Pas de  vague avant l'éclipse, en 2003, avec Sur le feel, en 2007 avec Exodust et, en 2012 avec Vaduz 2036... En cette année 2015, c'est lui qui ouvre le bal avec Fluxus game, une création sur laquelle il travaillait depuis quasiment 18 mois... Une fort belle œuvre en trois parties "qui s'emboitent comme trois poupées russes," dans un univers en 3D, comme il se plait à le dire, chacune de ces épopées étant conçue pour trois danseurs-acrobates-jongleurs. Trois périodes fort différentes les unes des autres, tant dans leur forme que dans leur esprit, bien marquées par leur environnement musical mais qui ont en commun un caractère ludique et fantasque qui appelle au partage.

C'est peut-être la première partie de Fluxus game qui s'avère la plus aboutie, la plus étonnante aussi, celles dont les règles et la technique du hip hop sont les plus transgressées au profit d'une danse plus géométrique, plus originale aussi, qui n'est pas sans évoquer les recherches du Bauhaus et d'Oskar Schlemmer dans les années 1920. Elaborée sur le Scherzo fantastique pour orchestre op. 3 de Stravinski, ce morceau d'anthologie met en scène trois danseurs pleins d'humour, de noir vêtus, un nœud papillon blanc ornant leur faux-col, hommes-caoutchouc dégingandés aux allures de Charlot. Epris de jeu, ils évoluent sur une scène parcourue par des projections géométriques monochromes - carrés, rectangles, triangles, losanges, trapèzes, cercles ou ellipses - qui se juxtaposent, se superposent, augmentent ou diminuent de taille, changeant de couleur sous les doigts habiles de deux compères aussi facétieux l'un que l'autre, le vidéaste Laurent Meunier et l'éclairagiste Jérôme Deschamps, lesquels iront même jusqu'à catapulter nos danseurs sur de moelleux coussins de nuages pour leur accorder un petit roupillon réparateur...

D'un tout autre genre mais tout aussi récréative et enjouée, la seconde facette de ce spectacle nous ramène dans les années cinquante, à l'époque de célèbres comédies musicales et de films cultes dont elle s'inspire, sur des musiques de Maurice Jarre (Laurence d'Arabie), de Lalo Shifrin (Troubadour; Callahan suite), de Billie Holliday (Crazy he calls me), de Tipsy (Swinging'spaceman) ou, encore, de Dany Elfman (The jar), sur lesquelles le mouvement, bien que toujours géométrique, devient plus circulaire. Quant à la troisième et dernière partie, bien que toujours de la même veine, elle fait appel au hip hop classique et repose sur des propositions musicales de Steve Reich (Clapping music, Drumming, Proverb) ainsi que de quelques autres compositeurs contemporains et met davantage en avant le caractère et la personnalité de chacun des interprètes.

Pour cette vingt-troisième édition, Suresnes Cités Danse prend un nouveau tournant, Olivier Meyer, son Directeur, effectuant un retour à ses premières amours, un festival de hip hop à l'état pur, sans incursion de danse contemporaine. Avec ses quatorze spectacles, dont sept créations et vingt-six représentations en un mois, ce festival se veut éclectique, présentant à son public tous les courants et toutes les facettes du hip hop avec, en prime de la tapdance venue tout droit des Etats-Unis. Un beau programme !

J.M. Gourreau

Fluxus game / Farid Berki, Théâtre Jean Vilar, Suresnes, du 16 au 18 janvier 2015.

Farid Berki / Fluxus game / Suresnes / Janvier 2015

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