Festival H²O / Ibrahim Sissoko - Saïd Hassan Ali / Le bon grain et l'ivraie

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Ophélie Gaillard et Ibrahim Sissoko


 

 

Festival H²O

Le bon grain et l’ivraie

 

Comme dans chaque manifestation de ce type, le meilleur côtoie souvent le pire. Si ce festival n’est certes pas encore très connu sur le plan national, il fait cependant son petit bonhomme de chemin : chaque année en effet depuis maintenant seize ans, la ville d’Aulnay-sous-Bois présente un festival de danse hip-hop qui, désormais, se déroule dans différents lieux de la ville : le théâtre Jacques Prévert, bien sûr, mais aussi le Cap et le Conservatoire, sans oublier le Foyer Club André Romand et la Bibliothèque Elsa Triolet. Ce sont surtout de jeunes chorégraphes et danseurs locaux qui s’y produisent, souvent avec les moyens du bord. Mais, sous l’impulsion du Centre de danse du Galion, ils ont aujourd’hui un public qui se fidélise et s’amplifie chaque année davantage.

S’y produisent entre autres des chorégraphes de hip-hop dont la renommée n’est plus à faire, en particulier Ibrahim Sissoko qui, accompagné par Ophélie Gaillard au violoncelle, a créé un divertissement fort justement appelé En filigrane, véritable petit bijou mêlant humour et passion avec beaucoup de bonheur. Il s’agit en fait d’un subtil jeu entre la musicienne et le hip-hopeur, duo établissant des passerelles entre le violoncelle et la danse, mettant en avant les liens qui peuvent exister ou se créer entre les deux arts. Une œuvre pleine d’esprit dans laquelle Ophélie Gaillard fit ressortir sa parfaite maîtrise des sonorités de son instrument au travers d’extraits de la Suite pour violoncelle seul de Bach et de variations de Carmen auxquels répondit Ibrahim Sissoko en gentleman, avec autant de préciosité que de légèreté et d’humour. On aurait toutefois aimé qu’il respectât davantage l’instrument sans se laisser embarquer par sa fougue et son élan… Un vrai régal tout de même, malheureusement gâché par des éclairages mal maîtrisés, crus et sans nuances, taillés au couteau, démontrant une fois de plus le rôle considérable que peut jouer la lumière dans l’harmonie et la perception d’une œuvre.

Autre pièce qui eut avantageusement pu être mise en parallèle dans la même soirée, Ego trip du chorégraphe aixois Saïd Hassan Ali, une œuvre autobiographique qui retrace sa jeunesse, son exil et son parcours. Mais là n’est pas le plus grand intérêt de cette œuvre car, tout comme Ibrahim Sissoko, il a choisi de bâtir sa performance sur une partition live du compositeur beatmaker Maamo qui mixe avec beaucoup de bonheur une musique électroacoustique aux sonorités envoûtantes avec celle de l’alto de Sophie Durteste, une jeune artiste virtuose qui a précisément fait ses premiers pas au Conservatoire d’Aulnay-sous-Bois ! Un réel plaisir tant pour les oreilles que pour les yeux, d’autant que cette œuvre musicale, d’une grande originalité, mettait en avant l’étonnante complicité entre les deux artistes ! L’émotion était d’autant plus grande que le hip-hopeur ne s’en est pas seulement tenu à une démonstration de sa virtuosité mais a su parfaitement exprimer au travers d’elle les sentiments qui l’étreignaient, le choc « électrique » de son arrivée sur notre territoire, ses difficultés d’intégration dans notre société, ses peurs et ses craintes face aux hostilités qu’il a pu rencontrer avant de parvenir à être adopté. Une œuvre magnifique, d’un grand charisme, qui n’a malheureusement pas beaucoup tourné et qui nous fait oublier la médiocrité de quelques unes des autres pièces de ce festival.

J.M. Gourreau

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Sophie Durteste er Saïd Hassan Ali 

Photos J.M. Gourreau

 

En filigrane / Ophélie Gaillard et Ibrahim Sissoko et Ego Trip / Saïd Hassan Ali, Aulnay-sous-Bois, 12 et 14 décembre 2012

Festival H²O / Ibrahim Sissoko - Saïd Hassan Ali / Aulnay-sous-Bois / Décembre 2012

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