Fokine, Nijinsky et Massine à l'Opéra / Fastes et splendeurs d'un passé révolu

 Photo S. Mathé

Fokine, Nijinsky et Massine à l’Opéra :

 

 

 

 

Fastes et splendeurs d’un passé révolu

 

Ballets russes, deux mots qui, à eux seuls, font rêver, qui évoquent pour beaucoup d’entre nous une époque fastueuse et magique qui réunissait les arts de l’Orient et ceux de l’Occident, qui vit naître tous les grands poètes, peintres et musiciens du siècle passé, sous la férule d’un magicien nommé Diaghilev...

Si les fastes et les ors étaient au rendez-vous, l’âme de Terpsichore plana également sur la scène durant toute le spectacle, imprimant aux danseurs une force et un enthousiasme hors du commun. La soirée débutait par le célèbre Spectre de la rose de Fokine dans lequel Nijinski s’illustra par son célèbre saut. C’est Emmanuel Thibault et Claire-Marie Osta qui en étaient les interprètes lors de la représentation du 20 décembre. Emmanuel campa un spectre d’une belle animalité, réellement aérien, parfois même immatériel, se laissant toutefois un peu emporter par son élan...

L’Après-midi d’un faune qui lui faisait suite fut dansée par Jérémie Bélingard et, pour la première fois, par Amandine Albisson.  Rien de barbare ni de bestial dans ce faune, au contraire empreint de calme, de sérénité, voire d’un peu d’indifférence, ce qui contrastait avec l’interprétation d’Amandine très sensuelle et un peu provocante. Un parti pris finalement assez heureux …

Le ballet le plus intéressant de la soirée fut le célèbre Tricorne, œuvre pourtant peu représentée sur la scène de l’Opéra Garnier. Le rôle du meunier était incarné par José Martinez, tandis que Stéphanie Romberg interprétait celui de la meunière. Dès l’ouverture du rideau, José glaça les spectateurs par sa prestance, sa noblesse, sa grâce altière, sa fierté : en une attitude, d’un seul regard, il avait conquis la salle. Sa prestation confirma cette impression : son aisance stupéfiante, sa prodigieuse technique alliée à sa fougue et son expressivité arrachèrent des cris d’admiration. Tout semblait naturel, évident, et l’on aurait juré que l’œuvre avait été créée pour lui, sur lui. Difficile, dès lors, de jauger les autres interprètes. Néanmoins, Stéphanie, par son jeu subtil très complémentaire montra qu’elle avait du « chien » ! A noter également la performance du corregidor, alias Fabrice Bourgeois, d’une drôlerie irrésistible.

La soirée se terminait par un autre chef d’œuvre des Ballets Russes, Pétrouchka. Là encore, une œuvre phare dans laquelle Noureev s’était illustré de façon éclatante, laissant le souvenir d’une marionnette poignante de pathétisme. Nicolas le Riche, qui en était l’interprète lors de cette soirée, n’eut vraiment rien à lui envier : il sut camper un Pétrouchka criant de vérité, prenant vie tout en restant une marionnette pleine d’amour, de chagrin, de désespoir et de rage.

 

J.M. Gourreau

 

Ballets Russes, Fokine / Nijinsky / Massine, Palais Garnier, Décembre 2009.

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