Fouad Boussouf / Le moulin du diable / L'ère des horloges

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Photos J.M. Gourreau

Fouad Boussouf :

L’ère des horloges

 

Décidément, Fouad Boussouf est un chorégraphe qui ne parle jamais pour ne rien dire. Ses pièces sont en effet là pour nous faire réfléchir aux travers de notre société, qu'ils soient politiques ou sociaux. A l'origine, il utilisait essentiellement le langage du hip hop pour les évoquer, je pense notamment à Déviation, une pièce pour quatre danseurs et une voiture qui évoquait les émeutes de novembre 2005 en région parisienne, au cours desquelles des centaines de voitures furent brûlées par des jeunes cherchant à en découdre avec notre société. Dix ans ont passé depuis et, si les sujets de prédilection du chorégraphe sont toujours sociétaux, celui-ci s'est tourné vers un langage beaucoup plus contemporain, tout en n’y intégrant que partiellement, voire occasionnellement la technique qui avait été l'objet de ses premières amours.

Le moulin du diable, nouvelle critique acerbe de la modernité, évoque cette fois l'absurdité de notre course après le temps, lequel petit à petit prend possession de nos corps, générant un manque cruel de disponibilité*. D'où ce besoin impérieux de la ralentir, tout simplement pour profiter de la vie qui nous entoure, laquelle vaut réellement la peine d'être vécue. C'est cependant bien souvent tâche impossible pour d'aucuns, la société dans laquelle nous évoluons étant un engrenage qui nous contraint à aller toujours plus vite, toujours plus loin, au risque d'en perdre notre âme et nos sentiments, de s'aliéner, de devenir des zombies, voire des robots. Nous sommes quasiment tous régis par des horloges, tant internes qu'externes et, de ce fait, privés de la quasi-totalité de notre liberté car, comme le disait Benjamin Franklin, le temps, c'est de l'argent... Cette course folle contre la montre, nous ne nous en apercevons même pas, embarqués que nous sommes dans le maelström de la vie. Et pourtant, comme nous le laisse entrevoir le chorégraphe au travers de son œuvre, ce serait tellement plus enrichissant pour tous de prendre le temps d'un échange, d'un partage, d'une écoute de l'autre. Et nous en serions tellement plus épanouis et plus heureux...

Cette belle leçon d'humanité est évoquée par des interprètes débordant d’une énergie communicative, en osmose totale les uns avec les autres et servis par une chorégraphie d’une grande originalité au sein de laquelle courses de vitesse alternent avec de majestueux ralentis pleins de retenue qui laissent entrevoir leur état d’esprit, leurs interrogations et les lueurs d'espoir qui les étreignent mais aussi le fatalisme qui les tenaille, bien vite estompé lorsqu’il leur est donné la possibilité de se retrouver ensemble, de communiquer : il émane alors de leur groupe un indicible sentiment de plaisir, duquel émarge de la tendresse et un réel bonheur. L’œuvre est servie par une scénographie dépouillée aussi originale que suggestive, réduite à de somptueux  balanciers d'horloge qui descendent des cintres, évoquant aussi bien la course du temps qui passe que l'hésitation des hommes à se tourner vers un monde meilleur, au risque d'être dépassés. Le tout bien sûr baigné d’une part, par la musique aussi grave qu'envoûtante de Marion Castor qui, tantôt, déroule son cours comme un long fleuve tranquille, tantôt gronde et vrombit, accompagnant l’inanité de nos efforts. Quant aux éclairages d'une surprenante crudité, ils conviennent finalement parfaitement à l'atmosphère austère que le chorégraphe souhaitait donner à son ballet.

J.M. Gourreau

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Le moulin du diable / Fouad Boussouf, Théâtre Jean Vilar, Vitry / Seine, 6 & 7 novembre 2015.

*Suivant la thèse du sociologue Hartmut Rosa, Accélération, une critique sociale du temps, dans laquelle Il propose de relire l'histoire moderne à l'aune du concept d'accélération sociale.

Prochaines représentations : CCN de Créteil: 19 novembre 2015 ; Grenoble: 21 novembre 2015 ; Fontenay-sous-Bois: 26 novembre 2015 ; Chevilly-Larue: 11 décembre 2015 ; Elancourt: 22 janvier 2016.

 

Fouad Boussouf / Le moulin du diable / Vitry / Novembre 2015

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