Fouad Boussouf / Näss / Rythme, quand tu nous tiens





P1340334P1340563Nass lesgens 2018 charlotte audureau2 1                                     Ph J.M. Gourreau                                                          Ph. C. Audureau                                                         Ph. J.M. Gourreau

Fouad Boussouf :

Rythme, quand tu nous tiens…

 

Une danse obsédante née du rythme de la musique. A l’inverse de ses pièces précédentes, Fouad Boussouf dans Näss ne cherche pas à priori à délivrer de message. En effet, cette œuvre, peut-on lire dans le programme, se veut « un dialogue entre les danses et les musiques traditionnelles d’Afrique du Nord qui ont bercé l’enfance du chorégraphe, et leur réécriture à l’aune des cultures urbaines qu’il a découvertes et embrassées en France ». Il est vrai que, dès les premières minutes, la création musicale et les arrangements modern-jazz de Roman Bestion inspirés de rythmes d’Afrique du Nord, en particulier du Maroc (musiques et danses taskiouine, reggada et ahidous) et d’Afrique subsaharienne (tradition gnaoua) vous subjuguent, vous prennent à la gorge, vous obsèdent sans répit, pénètrent et envahissent peu à peu votre corps jusqu’à vous donner l’irrésistible envie de rejoindre sur le plateau les 7 danseurs qui, eux, se sont laissés totalement envoûter et capturer par leur infernale cadence. Et ce, jusqu’à la fin de la pièce.

P1340492P1340495P1340511 2

Photos J.M. Gourreau

Toutefois, si l’on arrive à s’extraire de cette fascination pour tenter d’analyser les motivations réelles et profondes du chorégraphe, on s’aperçoit qu’il est et reste fidèle à lui-même. Näss, terme arabe qui peut se traduire par « Les gens » mais qui fait aussi référence au groupe de danseurs hip-hop Nass el Ghiwane d’Algérie, est une véritable pièce d’anthologie de la culture hip-hop, dans le sens où on la considère comme une culture qui se sert des arts à des fins sociales, en l’occurrence de la danse et de la musique, pour délivrer un message de paix comme alternative aux violences que le chorégraphe a pu lui-même vivre au cours de sa jeunesse et que, bien sûr, il réprouvait. Näss évoque en en effet un pan de la vie et de l’histoire de ces ados qui, dans les années 70, à l’image de ce qui se passait en Amérique, cherchaient à contrer le racisme, l’esclavage et l’exclusion, à rompre les frontières entre les classes sociales en invitant des êtres d’origine très diverses, de l’occident à l’Afrique du Nord, à cohabiter, à rétablir l’unité perdue, à construire quelque chose de fort ensemble. C’est la raison pour laquelle Fouad Boussouf s’est entouré de danseurs tous d’obédiences et de cultures différentes dont les états de corps contradictoires ont permis d’exprimer les diverses facettes de l’existence à laquelle il a été confronté pour les amener à dialoguer et à établir une communion étroite, solide et durable tout en conservant leur identité et leur spécificité. Ce à quoi il est parfaitement parvenu par le truchement d’une danse tribale judicieusement imprégnée de folklore et mêlée de hip-hop, de break, de jazz et de contemporain, une danse puissante, électrisante, exécutée pieds nus, dont l’intensité expressive rejaillit avec beaucoup de force émotionnelle sur le public.


J.M. Gourreau

P1340347

Näss / Fouad Boussouf, Compagnie Massala, Chevilly-Larue, Théâtre André Malraux, 1er juin 2018.

 

Fouad Boussouf / Näss / Chevilly-Larue / Juin 2018

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau