Fouad Boussouf / Transe / Un émouvant message de paix

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Photos J.M. Gourreau

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Fouad Boussouf :

Un émouvant message de paix

 

L'utilisation à bon escient du hip-hop peut se révéler un puissant vecteur tant de sentiments que d’idées, ainsi que Fouad Boussouf vient à nouveau de nous en apporter la preuve. Transe est une œuvre politico-sociale électrisante qui tire son inspiration et sa substantifique moelle du « Printemps arabe », cette révolution socio-culturelle née en décembre 2010 en Tunisie qui conduisit à la chute du président Ben Ali : le slogan qui préluda à son départ, "Erhal!", qui, en français, peut se traduire par "Dégage!", est désormais célèbre dans tous les pays du Maghreb, voire le monde entier.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, l'œuvre n'évoque pas la naissance de la révolte, ni même son accomplissement mais elle se situe à ses tout derniers instants, à l'heure où les plus sages invitent les foules à l'apaisement et à la reconstruction de leur pays avec calme et pondération. Les différentes parties qui composent cette pièce, qu'il s'agisse de solos, de pas de deux ou de danses de groupe, expriment toutes des évènements ou actions issus du quotidien, révélant le caractère d'un peuple philosophe, sage et posé, qui aspire désormais à la paix avec sérénité, balayant d'un revers de main la misère qui s'était insidieusement  instaurée dans son pays.

Outre son atmosphère incitant au calme et à la réflexion, le second atout de cette œuvre réside bien évidemment dans sa musique et sa chorégraphie : le style utilisé ici par Fouad Boussouf, un détonnant hip-hop mâtiné de danse contemporaine, permet l'obtention d'une gestuelle ample et large, certes parfois un tantinet acrobatique et spectaculaire mais aussi toute en courbes et en rondeurs, offrant au regard une composition d'une harmonie sans faille ; et ce, au service d'un langage qui n'est pas sans évoquer la calligraphie arabe, réel art à part entière : une allusion lui est d'ailleurs faite sous la forme d'un rouleau de papier descendant des cintres et sur lequel une danseuse viendra tout au long du spectacle calligraphier des mots et phrases en arabe, réalisant sur ce support des arabesques fort gracieuses, malheureusement indéchiffrables pour la grande majorité des spectateurs.

Bien sûr, on pourra aussi voir au cours de la soirée quelques scènes exprimant l'amertume passée ou la révolte que ces peuples ont mené, ne serait-ce que pour nous faire partager ce sentiment d'impuissance vécu surtout par les plus démunis. Mais elles sont gommées par plusieurs passages d'une très grande chaleur, servis par des musiques et des chants peut-être parfois un peu lancinants pour un esprit européen mais aussi totalement envoûtants, laissant sourdre une superbe émotion. Un travail tout en profondeur par conséquent, qui révèle une culture d'une grande richesse encore trop méconnue en occident, malheureusement occultée par la politique et la religion.

J.M. Gourreau

Transe / Fouad Boussouf, Vitry-sur-Seine, Théâtre Jean Vilar, 18 octobre 2013, & Paris, Institut du Monde arabe, 19 octobre 2013. 

Fouad Boussouf / Transe / Vitry sur Seine / Octobre 2013

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