Françoise Dupuy & Paola Piccolo / Épitaphe & Haïku d'automne / Un poignant dialogue entre la chorégraphe et son interprète

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Françoise Dupuy & Paola Piccolo :

 Un poignant dialogue entre la chorégraphe et son interprète

 

P1130056 Il y a bien souvent des artistes de grand talent qui restent dans l’ombre et que l’on aimerait voir plus souvent sur scène. Paola Piccolo est de ceux-là. Pendant presque 30 ans, elle a suivi Françoise Dupuy comme interprète, voire comme assistante durant toutes ses pérégrinations, tant sur scène que dans ses à-côtés, en particulier dans son enseignement. Tant et si  bien qu’elle en a parfaitement assimilé le style et qu’elle est sans doute devenue la plus digne émule de cette pionnière de la danse moderne en France. Ces échanges de pensée entre les deux artistes, les liens qui les unissent, ces confrontations permanentes, cette osmose dirais-je même ont permis à Paola de traduire sur la scène avec une fidélité extrême, une très grande finesse et une non moins grande délicatesse la substantifique moelle de l'art de son maître.

Il est fort intéressant, pour ceux qui s'intéressent à l'évolution de la danse, de pouvoir établir une comparaison entre deux soli réalisés par un chorégraphe pour une même interprète à 20 ans d'intervalle. Épitaphe a été créé en 1997 pour fêter les 50 ans de collaboration artistique entre Françoise et Dominique Dupuy, et présenté  au Mas de la Danse à Fontvieille. Quant à Haïku d'automne, il a été produit pour la première fois sur scène  en novembre 2015 au "Regard du Cygne" à Paris. On retrouve dans ces deux pièces des thèmes communs chers à Françoise, la terre, le voyage, le dépouillement, le silence.

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Photos J.M. Gourreau

 

Epitaphe est un poème dansé, inspiré par la présence de toutes ces femmes qui ont imprégné le romantisme allemand d'une "féminité souveraine". Le texte qui sert de support à l'œuvre (lu par Dominique Dupuy) et qui "scande le silence dans lequel la danse se déroule" a été écrit par l'une d'entre elles, Caroline De Gunderode, quelque temps avant son suicide au bord du Rhin en 1806. Un texte qui, comme le dit la chorégraphe, "n'appuie en rien les mouvements de la danse" mais qui, ajouterais-je, les porte réellement. Ce qui a permis a Paola - qui s'en est totalement imprégné jusqu'à en devenir l'héroïne - d'exécuter une danse d'une sensibilité à fleur de peau, empreinte d'une très grande émotion, réellement poignante car laissant transparaître l'ombre de la mort. Ce voyage vers l'au-delà, ce retour vers la terre nourricière s'est traduit par un remarquable travail sur le déséquilibre, la chute, la perte de la verticalité pour en arriver à l'horizontalité mais aussi et surtout sur l'abandon du corps dans le silence et la solitude pour l'éternité.

Contraste saisissant avec Haïku d'automne, une pièce d'une espièglerie étonnante, d'essence beaucoup plus contemporaine. Là encore un dialogue, mais aussi un jeu entre la chorégraphe et son interprète qui semblent s'entendre comme larrons en foire. Là encore une danse dans le silence soulignant le désir de la chorégraphe de mettre en avant la musicalité intrinsèque du geste... Là encore, la volonté de se mettre à nu pour retourner vers la terre qui a donné naissance à la vie et qui est la mère nourricière de tous les êtres qu'elle porte. Une danse pleine d'énergie et de couleur, allant de la rapidité à la lenteur, "pour en arriver, selon son interprète, à la sobriété de l’immobilité, sorte de mouvement en pendule où le temps est suspendu et devient éternel". Une danse axée sur le passage de la richesse et de la luxure au dépouillement et au dénuement total. Finalement, une œuvre grave sous des dehors primesautiers, totalement en accord avec son temps et qui révèle la richesse considérable et l'éclectisme du travail d'une grande créatrice ayant ouvert la voie à la danse contemporaine.

J.M. Gourreau

Épitaphe et Haïku d'automne, Françoise Dupuy & Paola Piccolo, "Arta" (Association de Recherche des Traditions de l'Acteur), Cartoucherie de Vincennes, 9 juin 2016.

Prochaines représentations: 14 et 16 octobre 2016 à Arta, 10 et 11 novembre 2016 au Regard du Cygne à Paris.

 

Françoise Dupuy & Paola Piccolo / Épitaphe & Haïku d'automne / Vincennes / Juin 2016

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