Françoise Tartinville et Maxence Rey / Blanc brut - Sous ma peau / Le masculin et le féminin

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 Blanc brut / F. Tartinville

   Photos J.M. Gourreau

 

 

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Françoise Tartinville et Maxence Rey :

 

Le masculin et le féminin

 

 

Il est rare de voir deux pièces aussi complémentaires dans une même soirée : si Françoise Tartinville évoque deux forces masculines diamétralement opposées qui s’affrontent, Maxence Rey quant à elle interroge les émotions et fantasmes qui sourdent sous la peau de trois femmes, les étreignent et les confrontent.

Blanc brut est le second volet d’un triptyque chorégraphique axé sur le masculin, Intérieur crème.  Le premier volet de cette œuvre intitulé Acte I mettait en avant les pulsions traversant un danseur par le biais de sa respiration, le corps passant d’une émotion à une autre au travers de mouvements allant de la violence sauvage à une infinie douceur, révélant la progression des états d’âme de son interprète. Dans cet Acte II, la chorégraphe ne centre plus son regard sur un seul corps mais cherche plutôt à mettre en évidence les lignes de force qui en émanent par le truchement de deux êtres aussi dissemblables que possible, tant sur le plan physique que spirituel, deux êtres amenés à se côtoyer, à se jauger ou à se confronter. Le premier, Fabien Almakiewicz, est une force de la nature, nerveuse, brutale, bestiale. L’autre, Cyril Geeroms, plus élancé et plus fluet, toujours en mouvement, semble aussi plus aérien et détaché de ce monde. Un curieux dispositif architectural, lacis de fibres pelotonnées planant au dessus de leurs têtes, semble le lien conducteur du courant qui circule de l’un à l’autre, matérialisant les forces et l’énergie qui émanent de leurs corps : si la violence qui sourd par moments de Fabien glisse et rebondit sur le corps de Cyril, inversement la douceur éthérée de celui-ci - et qui évoque une certaine bonté - semble peu à peu pénétrer dans le corps de son compagnon de solitude jusqu’à le transformer l’espace d’un instant. Mais la symbiose n’aura jamais lieu.

Univers diamétralement opposé que celui de Maxence Rey qui expose et met en scène, dans la seconde partie du spectacle, trois femmes dans leur singularité, laissant éclater leur violence intérieure au travers de leur peau. Elles vont ainsi évoluer totalement nues, mettant en avant durant presque une heure leur pudeur, faisant parler leur chair, disséquant consciemment ou inconsciemment les émotions et sentiments qui les animent dans le partage. La nudité renforce leur expressivité mais aussi leur fragilité. Tout est crûment dit, sans détours mais aussi et surtout sans vulgarité. Trois femmes rendues anonymes par une perruque noire, les traits de leurs visages effacés par une « seconde peau », obligeant leur corps seul à parler. Des corps sculptés par les lumières tantôt feutrées, tantôt violentes de Cyril Leclerc, mettant certes en valeur leurs attitudes sculpturales - on pense par moments à certaines œuvres de Camille Claudel - mais aussi et surtout les pulsions sourdes qui les animent et qui reflètent tantôt leur féminité, leur générosité, leur tendresse intrinsèque, leur amour et leur respect pour l’autre, tantôt leur animalité profonde, instinctive, tantôt les vicissitudes de l’existence, reflets fidèles du monde implacable qui nous entoure. L’instant le plus poignant se situe sans nul doute à la fin de l’œuvre, au moment où les trois protagonistes, debout à l’avant-scène, immobiles face aux spectateurs, les scrutent à visage découvert, générant un effet miroir, les contraignant à baisser le regard, comme pour les provoquer, les obliger à se sentir concernés, les culpabiliser : leurs traits expriment par instants la joie, le bonheur et l’émerveillement devant la complexité infinie des corps mais aussi et surtout la fatalité, la douleur, la peur, le désespoir, comme si ce public en portait l’entière responsabilité. Une première ébauche de l’œuvre, qui avait été présentée sur cette même scène en janvier dernier (cf. critiphotodanse, 22 janvier 2012), laissait présager de la force incommensurable de la pièce achevée. Nous n’avons pas été déçus : ce "cri" révèle en effet une chorégraphe engagée qui ne « mâche » pas ses gestes, qui ose dire crûment et sans détours ce qu’elle pense et avec laquelle il faudra donc désormais compter.

J.M. Gourreau

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Sous ma peau / Maxence Rey

Photos J.M. Gourreaurey-m-sous-ma-peau-04-l-etoile-du-nord-11-10-12.jpg 

Blanc  brut / Françoise Tartinville et Sous ma peau / Maxence Rey, L’Etoile du Nord, 11 au 13 octobre 2012, dans le cadre du festival Avis de turbulences #8.

Françoise Tartinville et Maxence Rey / Blanc brut - Sous ma peau / L'Etoile du Nord / Octobre 2012

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