Frank Micheletti / Tiger Tiger Burning Bright / Le mauvais choix

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 Photos

J.M. Gourreau

 

 

 

 

 

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 Frank Micheletti :

 

Le mauvais choix

 

 Le texte du programme est on ne peut plus explicite : « En ces temps de changements permanents qui conduisent la société dans une éternelle « éphémérité » et favorisent toujours plus de ramifications, d’entrelacements, de combinaisons, Tiger Tiger Burning Bright porte un regard sur la vie des villes et leurs chantiers ». Or, ce qui nous est donné à voir reflète parfaitement les intentions du chorégraphe qui a mis en scène un monde de personnages volontairement inexpressifs et absents, lesquels semblent souvent se côtoyer sans se voir, chacun dans son univers, un monde totalement impersonnel qui, finalement, court à sa perte. L’absence de décors concentre l’attention sur les danseurs, œuvrant constamment dans l’urgence, utilisant une gestuelle souvent rapide et sophistiquée, bien appropriée mais volontairement inhabitée, évocatrice à la fois de la tornade qui nous saisit dans notre quotidien et de la morosité dans laquelle nous sommes trop souvent plongés… Une pièce servie par des danseurs de haut niveau, rompus aux difficultés techniques dont l’œuvre est truffée, chacun se révélant parfaitement à l’aise dans son rôle.

Mais là où le bât blesse, c’est que le spectateur se rend très vite compte que c’est son quotidien qui défile devant ses yeux, sans exagération, ni caricature, et qu’il est contraint de le revivre durant une heure après sa journée de travail. Etait-ce le meilleur moyen pour lui de se ressourcer, de se changer les idées ?  Une gestuelle inhabitée, si tant est qu’elle soit belle – et elle l’était – ne suffit pas à capter l’attention durant plus de 10 minutes. Il y a bien à la fin du spectacle quelques étreintes amoureuses servies par de très beaux pas de deux mais le chorégraphe, sans doute pour renforcer l’image de la grisaille du climat et de l’amertume du monde dans lequel nous vivons, les a rendues froides et impersonnelles, gommant volontairement toute l’émotion que les danseurs auraient pu exprimer. Ce n’est donc pas tant la danse que le sujet abordé - un regard certes juste sur notre société - qui déconcerte et glace le spectateur. Une société dans laquelle nous avons été catapultés sans que nous ayons pu délibérément en faire le choix, ce qui nous attriste lorsque nous en prenons conscience, pris dans un engrenage sans pouvoir y remédier. La pioche était mauvaise mais nous le pardonnons d’autant plus volontiers au chorégraphe qu’il nous a déjà donné maintes fois l’occasion de réfléchir sur notre condition et de l’améliorer.

J.M. Gourreau

 

Tiger Tiger Burning Bright / Frank Micheletti, Kubilai Khan Investigations, Maison des arts de Créteil, du 12 au 16 février 2013.

Frank Micheletti / Tiger Tiger Burning Bright / Créteil / Février 2013

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