Frédéric Flamand / La vérité 25X par seconde / La terre vue du ciel

  

Frédéric Flamand :

 

 

La terre vue du ciel

 

Pour bien voir la terre,                                                                                                                                                         Photos : Pino Pipitone

il faut la regarder d’un peu loin…

Italo Calvino

 

Suite à une dispute avec ses parents qui l’obligeaient à manger des escargots cuisinés par sa sœur, Côme, un jeune garçon de 12 ans, décide de grimper au sommet de l’yeuse de son jardin : portant un regard pertinent et critique sur le monde qu’il entrevoit alors du haut de son arbre, il n’en descendra plus de sa vie, prouvant ainsi autant à ses parents qu’à ses contemporains le vrai sens de la liberté et de l’intelligence. Ce conte philosophique d’Italo Calvino, Le Baron perché, a servi de base au nouveau ballet de Frédéric Flamand qui, comme on pouvait s’y attendre, s’est adjoint les mérites d’un nouvel architecte plasticien de talent, Ai Weiwei, co-réalisateur du fameux « Nid d’oiseau » des J.O. de Pékin de 2008, et surnommé l’Andy Warhol de Chine. C’est au sein d’un univers d’échelles entrecroisées dans l’espace qu’il nous emmène - symbole de nos voies de communication sans doute mais, surtout, du chemin de la Vie - surveillé par trois caméras qui épient en permanence faits et gestes des danseurs, les privant de toute intimité. Le titre de l’œuvre, La vérité 25X par seconde y fait d’ailleurs directement allusion, évoquant cette célèbre phrase de Godard : « Le cinéma, c’est la vérité 24 fois par seconde ». La 25ème image, c’est précisément celle qu’apporte le balayage de la vidéo, celle de la vérité confrontée au mensonge. Telle est également la symbolique de ce globe oculaire géant qui, des cintres, nous fixe insidieusement durant une bonne partie du spectacle, comme l’œil inquisiteur de Dieu.

Le rideau se lève sur un enchevêtrement d’échelles qui jonchent le plateau, tissant un canevas géométrique à l’équerre, parcouru par les danseurs. Celles-ci vont bientôt s’ériger en une composition architecturale du plus bel effet, prétexte à quelques soli époustouflants, des japonaises Nonoka Kato et Yoshiko Kinoshita en particulier. Les corps qui s’amalgament au décor et se fondent en lui sont démultipliés par les faisceaux de lumière et les caméras qui renvoient leur image sur le sol et le fond de la scène. La danse réglée pour les garçons, très virile, les met fort bien en valeur tout en répondant aux lignes architecturales des structures métalliques. L’œuvre est soutenue par une  partition musicale composite mi symphonique, mi électro-acoustique, magistralement interprétée sur scène par le violoniste Georges Van Dam et le pianiste Yutaka Oya pour sa partie symphonique. Ce ballet restera cependant un peu linéaire, malgré quelques beaux moments où les danseurs se livrent à un jeu de cache-cache avec leur propre image, alors que d’autres tentent de s’affranchir de la gravité en évoluant, tels des singes, dans la canopée d’échelles. Le final nous ramènera à l’œuvre de Calvino sur l’ascension du jeune garçon dans les cintres.

 

J.M. Gourreau

 

La Vérité 25X par seconde / Frédéric Flamand, Ballet National de Marseille, Théâtre National de Chaillot, Avril 2010.

 

 

Prochaines représentations :

-         Sceaux, Théâtre Les Gémeaux, du 27 au 29 mai 2010

-         Marseille, Salle Vallier, du 8 au 12 juin 2010

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