Frédéric Flamand / Orphée et Eurydice / Une lecture contemporaine du mythe d'Orphée

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Photos Pipitone

 Frédéric Flamand :

 

Une lecture contemporaine du mythe d’Orphée

  

Voilà un Orphée et Eurydice qui peut dérouter lorsque l’on a en mémoire celui de Pina Bausch, chef d’œuvre conçu en 1975 et que les parisiens ont pu admirer à quatre reprises depuis 2005 à l’Opéra de Paris. Une œuvre poignante en quatre tableaux – deuil, violence, paix et mort – dont les personnages principaux, dédoublés, trouvent leur ego chacun dans un chanteur, instaurant de ce fait un dialogue entre l’art lyrique et la danse. Si Frédéric Flamand en a repris l’argument, il nous en offre en revanche une relecture bien différente, dédoublant notamment son personnage d’Orphée, un Janus à deux têtes, pour nous en montrer les deux visages: celui du héros en habit de lumière surmontant les épreuves, et celui du perdant, de noir vêtu, errant misérablement dans les ténèbres d’une cité en ruines, à la merci des furies. C’est en effet dans une métropole fictive en constante mutation qu’il fait évoluer ses personnages, afin de transposer l’histoire dans la réalité d’aujourd’hui. Les quatre tableaux de Pina sont ainsi traduits en « ville triomphante, ville en ruines, ville infernale et ville mélancolique », cités dans lesquelles l’Homme devra sans cesse contrôler son destin s’il veut survivre. Les épreuves que surmonte Orphée nous renvoient aux tensions et aux luttes intestines, apanage de notre communauté, et traduisent notre fragilité, notre incapacité à nous maîtriser et à résister au désir ou au mal.

Cette œuvre, créée le 13 juin 2012 à l’Opéra-Théâtre de St Etienne, se veut avant-gardiste tant par sa chorégraphie, et sa scénographie que par son propos. C’est en effet la première fois que Frédéric Flamand, à la tête du Ballet National de Marseille depuis 2004, signe la chorégraphie et la mise en scène d’un opéra, l’Orphée et Eurydice de Glück en l’occurrence. L’histoire en est bien connue, Orphée pleurant sa douce Eurydice défunte, lorsqu’Amour, pris de compassion, lui propose de l’aller chercher aux Enfers. Mais ce à deux conditions : la première, de séduire les furies par son chant, la seconde, de ne pas jeter le moindre regard sur sa dulcinée, ni s’adresser à elle durant tout le voyage. Malheureusement, devant l’incompréhension patente d’Eurydice, Orphée faillit à sa promesse, ce qui engendre la mort de sa bien aimée, laquelle sera cependant une nouvelle fois ramenée à la vie par Amour.

Cette lecture contemporaine cosignée par le scénographe multidisciplinaire Hans Op de Beeck s’avère dans la lignée des œuvres précédentes de Frédéric Flamand, qui entamait, dès 1996, une réflexion sur les rapports de l’architecture avec la danse, deux arts dans lesquels la structuration de l’espace prend une valeur importante. Son Orphée et Eurydice n’échappe pas à la règle et, si certains tableaux du début de la pièce évoquent par leurs lignes et le calme de leur atmosphère certaines œuvres picturales de Paul Delvaux, les fresques plus contemporaines sont de véritables joyaux de géométrie spatiale, d’autant qu’on les voit s’édifier sous nos yeux par le truchement d’un peintre-magicien dont les mains prennent vie sur l’écran. Une œuvre fort belle, servie par des interprètes de très haut niveau, tant sur le plan technique qu’artistique mais, surtout, par une chorégraphie aussi puissante que prégnante, malheureusement pas toujours aisée à déchiffrer du fait de la complexité de l’argument.

J.M. Gourreau

 

Orphée et Eurydice / Frédéric Flamand et le Ballet National de Marseille, Opéra de Massy, 6 avril 2013.

Frédéric Flamand / Orphée et Eurydice / Opéra de Massy / Avril 2013

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