Fukuhara Tetsuro / Space Journey / Espace culturel Bertin Poirée

 

Ph. J.M. Gourreau

Fukuhara Tetsuro :

 

L’art de narrer une belle histoire

 

A l’instar d’un Kazuo Ohno qui évoquait la vie de la Argentina avec une poésie à nulle autre pareille, le butô, peut-être plus prisé sous sa forme « noire », peut également narrer des épopées heureuses et pleines d’innocence, tout comme on vient de le voir avec Fukuhara Tetsuro, un chorégraphe et danseur de la seconde génération de butô « blanc ». Pourtant, ce chorégraphe débuta sa carrière comme interprète de la « Story of seven herbs » que dirigeait le maître de la danse des ténèbres, Tatsumi Hijikata. Rien de noir cependant dans cette Spiritual Journey interprétée par Tetsuro, bien au contraire, puisqu’il évoquait l’histoire d’un vieil homme séduit par une jeune fille d’une beauté fabuleuse, qui hantait ses jours et ses nuits, et avec laquelle il fera bien sûr l’amour mais qui se terminera par une séparation consentie.

Cette œuvre en quatre parties, bien que très courte, était originale à plus d’un titre. De par sa composition tout d’abord, avec un prologue cinématographié et un épilogue à l’extérieur de la salle, dans la rue mais retransmis par vidéo sur un écran situé sur la scène de la salle dans laquelle se trouvaient les spectateurs. De par l’histoire ensuite, apparentée à un rêve ou à un conte de fées mais auquel tout le monde peut avoir été confronté. De par sa chorégraphie enfin, fort variée et toute en nuances, toujours adaptée au propos et constituée de mouvements lents et mesurés ou, au contraire, nerveux et impulsifs, toujours issus du tréfonds de l’âme et chargés d’une émotion indicible, soigneusement mis en valeur par les lumières de Margot Olliveaux.

Ce voyage intérieur est une pièce caractéristique du concept de « Space Dance » que Fukuhara Tetsuro a développé au Japon dans les années 90 dont il a d’ailleurs consigné les bases dans un livre du même nom publié en 2008 : le « space dance » explore les relations et l’unité perceptible entre la danse, l’architecture et l’information pour permettre au corps - plus qu’un simple outil d’expression au service d’une histoire - d’exposer ouvertement dans son rapport à l’espace, ses sensations les plus profondes à l’autre et aux objets qui l’entourent. « Je n’ai nul besoin de créer moi-même de l’énergie, dit-il, elle surgit toute seule des relations que j’entretiens avec mon environnement ; elle est issue des relations qui se tissent entre le corps et l’espace. Le butô est l’art et la manière de dompter cette énergie dans notre corps ».

 

J.M. Gourreau

 

New Butoh space dance, spiritual Journey / Fukuhara Tetsuro, Espace Culturel Bertin Poirée, Paris, dans le cadre du Festival Butô, Juin 2011.

Commentaires (1)

1. baccarat (site web) 13/09/2011

J'adore cette lecture. Quand j'ai une mauvaise humeur, parfois, j'ai relu cette histoire.

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