Gaël Depauw / To Ecape From El Nothing Better Than Heels / Une digne émule de Jan Fabre

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Photos Gilles Vidal
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Gaël Depauw :

Une digne émule de Jan Fabre

 

La démarche artistique de Gaël Depauw est aussi étonnante que déroutante, et cette artiste qui a exercé son art durant plusieurs années chez Jan Fabre n'en marche pas moins sur ses traces, s'imprégnant du même univers et de son audace. To Escape From El Nothing Better Than Heels est le second volet d'une trilogie qui avait débuté avec Did Eve Need Make-Up ?, performance présentée dans cette même salle il y a tout juste trois ans*. Dans cette œuvre, elle mettait à disposition de son public son corps à nu pour le maquiller, celui-ci devenant une véritable œuvre d'art collective éphémère.

Dans le second volet de cette trilogie, elle rend hommage à son père au travers d'Elvis Presley qu'elle a découvert et appris à aimer dans la voiture paternelle, dans la griserie de la vitesse et le vrombissement du moteur qu'il adorait. C'est sans doute cette débauche d'énergie et de plaisir qu'elle partageait avec lui que l'on retrouve dans cette performance où elle se montre plongée dans un désordre indescriptible qu'elle affectionne : le sol est en effet jonché d'innombrables photos d'Elvis Presley qui semble revivre au son d'un 45 tours usé et rayé, tournant sur un vieil électrophone posé à même le sol couvert de poussière. Ce ne seront d'ailleurs pas les seuls personnages présents sur scène: sa mère - dont les origines bretonnes sont bien reconnaissables à la haute coiffe qu'elle porte sur sa tête, - douce et effacée, sera elle aussi présente tout au long de l'œuvre pour lui apporter soutien et réconfort.

Car, bien évidemment, la vie de tous ces êtres ne sera pas un long fleuve tranquille et cette pièce s'avérera également autobiographique. L'ombre de la mort est en effet partout présente, tout particulièrement aux côtés du "King" dont Gaël retournera les images lorsqu'elle évoquera sa disparition. La mise en scène est à ce titre très évocatrice et c’est une quasi-adoration qu’elle lui voue au point de s’immiscer, de se fondre en lui, adoptant ses attitudes et ses tics. Mais, et c’est cela qui pose question, c’est qu’à certains moments, elle incarne Elvis et, à d’autres son père, fondant l’âme et l’esprit des deux hommes en un seul qu’elle incarne, comme s’ils avaient de nombreux points communs. Or, la lecture du programme nous apprend que son père est un ingénieur en physique nucléaire qui travaillait au CNRS, entre autres sur la désintégration de la matière qui, comme on le sait, libère une très grande énergie, que la chorégraphe a assimilé à celle du rocker. D’où d’incessants allers-retours aux deux héros. L’une des scènes est à ce titre fort évocatrice de cette « fusion » des trois personnages jusque dans la mort : en effet, au cours de l’œuvre, elle revêt une cotte blanche jetable étanche aux radiations, vêtement protecteur obligatoire dans les centrales nucléaires, objectivant ainsi son acculturation à son père. Quelques instants plus tard cependant, elle l’enlève et la brûle comme une icône devant son public, avant d’enduire son corps de ses cendres…

La pièce est ainsi parsemée de nombreuses allusions et faits divers du même genre, aussi excessifs que tragiques, que l’on n’est pas toujours à même de saisir si l’on n’en possède pas les clés. Mais c’est une œuvre dans laquelle aucun geste, aucune attitude n’est laissée au hasard et qui, certes, peut dérouter, mais qui dévoile une artiste torturée par l’existence, obsédée par la métamorphose, le passage du temps sur l’être vivant, et le saut de la vie vers la mort.

J.M. Gourreau

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To Ecape From El Nothing Better Than Heels / Gaël Depauw, Théâtre de Vanves, 31 janvier 2015, dans le cadre du Festival Ardanthé.

*cf. article de février 2012 dans ces mêmes colonnes.

Gaël Depauw / To Ecape From El Nothing Better Than Heels / Vanves / Janvier 2015

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