Geisha Fontaine / P. Cottreau / Ne pas toucher aux oeuvres / Etrange et insolite

 

Photo J.M. Gourreau

Geisha Fontaine et Pierre Cottreau

 

Etrange et insolite

 

 

C’est par une bien étrange œuvre que s’est ouvert cette année le festival Faits d’hiver – danses d’auteur. Ne pas toucher aux œuvres de Geisha Fontaine est une pièce totalement insolite dans laquelle musique et danse se font écho. Jusque là, rien d’anormal si ce n’est que la composition musicale de Fracesco Filidéi, Missa super l’Homme armé, est un quatuor pour… armes à feu, pistolets, carabines, kalachnikovs, colts, tasers et autres joujoux de ce style tels que sirènes d’alarme, rhombes, appeaux et sifflets à roulette, instruments tout aussi bruyants mais sûrement moins dangereux … Curieusement, cette création « qui met en joue une mort souvent annoncée (celle de l’art, celle de la danse) et se réfère à la violence de notre monde », est une œuvre qui tire sa substantifique moelle de L’Homme armé, une chanson profane vindicative de la Renaissance. La chorégraphe nous apprend pour l’occasion que le texte de ce cantus, très célèbre après la chute de Byzance en 1453, a été réutilisé un siècle plus tard pour mettre en musique l’ordinaire de la messe !

C’est d’ailleurs l’élément sonore qui attire l’attention plus que la danse, vous vous en serez douté. Mais le jeu magistral des quatre instrumentistes de l’Ensemble 2e2m s’avère lui même être un véritable ballet car les sons émis ne sont pas que des détonations mais aussi produits par des mains qui touchent et caressent les instruments. C’est également ce que l’on retrouve dans la chorégraphie de Geisha Fontaine, les danseurs se livrant à une sorte de percussion corporelle allant jusqu’au deshabillage pour produire des sons, le step, apanage de la compagnie avignonnaise Onstap que l’on a d’ailleurs pu voir tout récemment au Théâtre de Bezons dans leur dernier spectacle, ça part de rien. La frappe des mains sur les différentes parties du corps qui produit des bruits sourds mais très variés est en effet la base de la chorégraphie qui, de ce fait, fournit une réponse, certes moins spectaculaire, aux musiciens. Un jeu parfois cruel qui évolue irrémédiablement vers le chaos.

 

J.M. Gourreau

 

Ne pas toucher aux œuvres / Geisha Fontaine et Pierre Cottreau, Auditorium St Germain, Paris, Dans le cadre du Festival Faits d'hiver, Janvier 2011.

 

 

 

 

 

 

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