Georges Appaix / Question de goûts / Autobiographie

Photo E. Zheim

Georges Appaix :

 

 

 

 

Autobiographie

 

 

Il est étonnant, après avoir assisté aux spectacles de Georges Appaix et, en particulier, à son dernier solo, Question de goûts, de ressortir dans un état de paix intérieure indicible, lénifié. Pourtant, à bien y réfléchir, il n’y a vraiment rien de remarquable qui puisse capter à ce point notre attention. Par quel sortilège parvient-il à nous toucher si profondément ?

Curieusement, ce sont dès les premières minutes que le spectacle nous envoûte. Alors qu’il ne s’est encore rien passé. Alors que l’on vient de s’installer et de se caler confortablement dans son fauteuil. A peine a t’il fait son apparition qu’un étrange bien-être nous envahit : on se sent bien, réellement bien ; on ne donnerait pas sa place pour un empire. Or, il est tout seul sur scène avec rien d’autre qu’une chaise, deux projecteurs et quelques objets dispersés çà et là. Quelques planches qui traînaient dans les couloirs du théâtre et qu’il a placées au petit bonheur la chance, qui plus est dans un équilibre fort instable, on ne sait trop pourquoi. Peut-être parce qu’ils se volatilisent, tout comme, plus tard, le spectacle. Lui, il est dans son monde, déconnecté, décontracté. Il va et vient en chantonnant les mots qui lui viennent à l’esprit. Des petites phrases totalement anodines mais, sans doute, magiques car elles sont communicatives et nous atteignent au plus profond du cœur. « Je suis bien, ici… Peut-être même pourrai-je travailler ici… » Et, un peu plus tard : « J’aimerais bien ne pas rester trop longtemps seul ici… Si nous étions deux, les choses seraient radicalement bouleversées… Vos regards auraient à choisir…». Son bien-être, son apparente insouciance, son délire nous réchauffent, distillent un baume bienfaisant, apaisant. La communication s’établit très vite. Désormais nous sommes contraints de partager son univers. Naturellement. C’est un fragment de sa vie qu’il nous livre. Sans mensonge, sans tricherie. C’est sans doute cela qui nous touche. Car il a le cœur sur la main et nous le donne. Généreusement.

Poésie des mots. Magie du verbe. Fragilité mais, surtout, sincérité du texte. Le spectacle parle du spectacle. De ce qui l’attire et de ce qui lui déplait. En jouant sur les oppositions, les contradictions, l’ironie. Le dialogue se noue aussi avec les objets épars mais, au travers d’eux, avec nous. Et lorsque le projecteur s’ouvre pour libérer (sic) non de la lumière mais une chanson de Gainsbourg, nous n’en sommes même pas étonnés. Pas plus d’ailleurs que quand ses mots se transforment tout naturellement en danse, sortent de lui en dansant, en sautillant joyeusement. Le mouvement semble improvisé mais il ne tombe jamais dans le jeu d’acteur. Le geste va du côté de la danse, s’en nourrit. La question qu’il pose trouve finalement toujours sa réponse. Les mots sont réellement devenus danse.

 

J.M. Gourreau

 

Question de goûts / G. Appaix, C.N.D., Pantin Février 2010

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau