Gil Roman / Maurice Béjart / Béjart fête Maurice / t'M et variations / Boléro / La danse pour la danse

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Gil Roman et Maurice Béjart :

La danse pour la danse

 

Gil romanMaurice bejart 730x321Il est bien sûr inévitable de voir programmé, dans un hommage à Maurice Béjart, l’un de ses ballets mythiques, que ce soit le Sacre du printemps sur la musique éponyme de Stravinsky ou le Boléro sur la célèbre partition de Ravel, désormais devenu un "tube". C’est ce dernier qui a eu la primeur d’accompagner t’M et variations de Gil Roman ainsi que Béjart fête Maurice, les deux autres œuvres inscrites cette saison au programme de la tournée du Béjart Ballet Lausanne dans diverses villes de France et de Navarre.

C’est sur t’M et variations, une œuvre de Gil Roman, désigné par Béjart lui-même comme son successeur, que s’ouvre ce majestueux spectacle. Toutefois, si le disciple a bien assimilé le style du maître, il n’en a malheureusement pas totalement acquis l’esprit, et si t’M et variations s’avère une fort belle pièce en son hommage, en fait un collage de soli, duos, trios et variations pour un petit ensemble de danseurs, il lui manque toutefois cette petite pointe de finesse et de musicalité que l’on va retrouver dans la pièce suivante, Béjart fête Maurice, patchwork de fragments issus du répertoire du Ballet du XXè siècle. L’intérêt de t’M et variations, créé pour le dixième anniversaire de la disparition de Béjart, tient surtout à l’étonnant dialogue qui s’établit d’une part, entre les deux compositeurs et interprètes, J.B. Meier et Thierry Hochstätter, placés sur une estrade au fond du plateau et, d’autre part, les danseurs du Béjart Ballet. Une suite de piécettes aussi délicates que spirituelles sur le thème de l’amour et des jeux qu’il engendre, en écho aux percussions d’un éclectisme fascinant, mettant autant en valeur l’excellence des musiciens que celle des danseurs. Aucun argument comme support de ce ballet énergique et lyrique tout à la fois, juste des pages de danse pure que l’on tourne comme les pages d’un livre d’histoire..

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Photos G. Batardon, I. Chkolnik & F. Levieux

D’une toute autre veine, Béjart fête Maurice* est une œuvre festive "conçue comme une lettre où chaque danseur signerait avec son corps", nous dit Gil Roman. Elle rassemble six extraits de ballets judicieusement choisis qui résument tout l’art béjartien, fragments qu’il a lui-même magistralement mis en scène et dont l’arrangement varie au fil du temps. Le premier est un fragment de sa 1ère Symphonie qui met en valeur l’exceptionnelle musicalité de Béjart et, surtout, le niveau d’excellence de sa compagnie, lequel n’a pas faibli ni pris une ride depuis sa mort en 2007. Héliogabale qui lui fait suite est un petit bijou drolatique plein de verve et d’humour, créé en 1976 sur une musique de Verdi, inspiré de textes d’Antonin Artaud et d’attitudes de la gent animale. Lui succède un truculent pas de deux très lyrique, Im chambre séparée, extrait de Wien, Wien, nur du allein, magnifiquement interprété avec beaucoup de sensibilité par Elisabet Ros et Julien Favreau, deux "anciens" complices du Ballet du XXè siècle. Dans le solo suivant, Und so weiter, Masayoshi Onuki eut l’heur de pouvoir pleinement déployer son élégance et sa prodigieuse technique. Rossiniana, servi à l’issue de ce patchwork, est une pièce très enlevée qui n’est pas sans évoquer la Commedia dell’arte, illustrant parfaitement ce que Gil Roman souhaitait mettre en avant dans ce ballet, à savoir la joie et le plaisir qu’éprouvent toujours les danseurs à interpréter les œuvres de leur ancien maître, même si, parfois, elles pourraient désormais paraitre un peu désuètes.

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Comme je l’ai évoqué plus haut, la soirée se terminait par ce chef d’œuvre intemporel qu’est Le Boléro, une œuvre cérémonielle qui prend une dimension grandiose sur la vaste scène du Palais des congrès de Paris et qui, à elle seule, vaut le déplacement. Un petit bémol toutefois, Elisabet Ros qui en était l’interprète principale le soir où il m’a été donné de le voir manquant parfois un peu de "peps" pour réveiller, aguicher, enflammer les quelque 38 hommes assis autour de la table "sacrificielle" sur laquelle elle était juchée.

J.M. Gourreau

t’M et variations / Gil Roman, Béjart fête Maurice & Boléro / M. Béjart, Béjart Ballet Lausanne, Palais des Congrès, Paris, du 26 au 29 février 2020.

*Créé le 16/12/2016 au Théâtre de Beaulieu à Lausanne.

 

Gil Roman / Maurice Béjart / Béjart fête Maurice / t'M et variations /Paris / Février 2020

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