Gilles Verièpe / Entre les rayures du zèbre

 Photo J.M. Gourreau

Gilles Verièpe

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Un déferlement d’images passionnelles

 

Il est rare aujourd’hui chez nos jeunes chorégraphes de pouvoir admirer une œuvre d’une telle rigueur, qui plus est d’une telle musicalité, et dansée avec autant de vigueur : la dernière création de Gilles Verièpe, Entre les rayures du zèbre, est en effet une pièce profonde, d’une très grande force suggestive et, surtout, d’une telle densité chorégraphique que la danse ne laisse aucun répit aux interprètes, lesquels embarquent avec eux le public dans une quête effrénée d’amour… Tant et si bien que l’on en arrive parfois à souhaiter pour eux une petite trêve, un instant de répit, de silence… Bien qu’un peu linéaire, la chorégraphie, s’avère toutefois d’une grande richesse et d’une expressivité extrême, traduisant parfaitement les intentions du chorégraphe. L’œuvre, un trio de deux femmes et un homme, évoque les différentes relations qui étreignent les personnages mis en scène : connivence, amitié, amour, passion, jalousie… Leur rencontre, à l’origine, parait fortuite. Mais, très vite, ils apprennent à se connaître, à s’évaluer. La situation semble parfois ambiguë mais on s’aperçoit assez vite qu’ils deviennent tous les trois amoureux les uns des autres…

La construction du ballet reste classique : différentes saynètes juxtaposées avec flash-back. Si la gestuelle peut paraître à certains moments un peu alambiquée, elle est toutefois puissante, intelligente, originale, toujours bien adaptée au propos. Les temps forts s’avèrent en être les duos, notamment un Kama Sutra, corps à corps charnel, érotique et sensuel en danse-contact que n’aurait certainement pas renié Angelin Preljocaj. Les corps s’étreignent, s’enroulent sur eux-mêmes, se lovent et fusionnent dans un mouvement continu poignant, presque bestial. Les deux autres duos, le premier, entre les deux femmes, évoquant un amour lesbien, et le second, un rapport sans espoir entre les acteurs du deuxième couple, sont volontairement sans doute empreints d’une charge émotive plus faible, ce qui a contribué à rompre la linéarité de l’œuvre.

Ne terminons pas sans mentionner que le chorégraphe a su rapporter à ce macrocosme construit pas à pas comme les pièces d’un puzzle un univers sonore qui non seulement lui va comme un gant mais encore et le magnifie : en effet Julien Carillo auquel il a fait appel a auréolé cette pièce de sonorités et de rythmes renforçant tant le mouvement que son expressivité : une belle performance quand on sait la complexité de la chorégraphie…

J.M. Gourreau

Entre les rayures du zèbre / Gilles Verièpe, Etoile du Nord, Paris, Octobre 2010.

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