Gyohei Zaitsu / Performance butô / T.R.A.C.E.S., Paris

G. Zaisu. Ph. J.M. Gourreau

Gyohei Zaitsu :

 

 

 

Performance

 

 

T.R.A.C.E.S. Un lieu étrange, un atelier tout en longueur avec des loges latérales de peintres - décorateurs, en arête de poisson, dans la pénombre. A son arrivée, le spectateur est prié d’attendre religieusement à l’entrée puis, quelques minutes plus tard, on lui indique, au loin, une petite lumière en lui disant : « C’est là-bas, prenez une chaise, n’importe laquelle »… Au fond, un grand espace centré sur une petite table sur laquelle repose un projecteur de cinéma. Une vingtaine de chaises ça et là, tournées vers les quatre points cardinaux. Laquelle choisir ? Dans quelle direction se tourner ? Dans un coin, un personnage étrange emmitouflé dans de chauds vêtements, un bonnet de laine noir sur la tête, un masque blanc anti-pollution sur le nez, lisant son journal. Gyohei, car c’est lui, lève un instant les yeux, jauge son public puis s’assoit sur une chaise parmi les spectateurs et se remet à lire, comme si de rien n’était. C’est alors que l’on s’aperçoit que deux autres personnages en pardessus, chapeau sur la tête, vont et viennent, eux aussi un journal entre les mains. Il fait froid, ce 1er décembre, très froid, l’atelier n’étant pas chauffé. De longues minutes défilent tandis que les spectateurs s’interrogent. Suspense.

La lumière s’éteint à un moment où rien ne le laissait prévoir. Sur l’un des murs du fond, un film en N. et B., vieillot comme s’il avait été tourné aux tous débuts du cinéma, montre un port avec un navire de croisière qui le quitte dans un crachouillement de moteurs. On n’en distingue pas les détails, bien que le film soit tourné en boucle. J’apprendrai plus tard que les images ont été faites à Split, en Croatie et qu’elles ont été retravaillées par leur auteur, Drazen Zanchi, dans un laboratoire au nom prédestiné : « l’Abominable »…

Alors que les clichés s’estompent, le mur diamétralement opposé s’éclaire sous la projection d’un autre film, dont les images sont tellement peu contrastées que l’on ne distingue qu’un voile qui danse. Gyohei se tient là devant, dans le froid, cette fois dévêtu, tenant toujours son journal à la main. Tranquillement son corps se plie, descend lentement vers le sol sur lequel il s’allonge et se recroqueville, en transes. Des soubresauts nerveux l’agitent. Il n’est plus avec nous, transformé en étrange zombie évoquant par moments une momie sortie de son cercueil. Des flashes de lumière rougeâtre s’écrasent de temps à autre sur son corps, le rendant encore plus impressionnant. Il est parti dans un autre monde.

Se frayant un passage parmi les spectateurs, il s’en ira comme il était venu, sa silhouette nue, titubante et voûtée s’effaçant dans la nuit des temps. Dehors, la neige s’était mise à tomber. C’était un des jours les plus froids de l’année...

 

J.M. Gourreau

 

Performance butô / Gyohei. Zaitsu, T.R.A.C.E.S. (23-25 rue Ramponeau), Paris, Décembre 2010.

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