Gyohei Zaitsu / Un vieux rêve, un nouveau rêve / La danse de l'éphémère

img-9445.jpgGyohei Zaitsu :

 

La danse de l’éphémère

 

Gyohei est un chorégraphe un peu à part dans le monde très particulier du butô, ses chorégraphies, très spontanées, étant nourries de tout ce qui l’entoure dans les secondes, les minutes ou les heures qui précèdent l’instant au cours duquel sa danse va se matérialiser. Et ses spectacles sont très éphémères car ils résultent à 80 ou 90% d’une improvisation. Si la trame générale reste bien évidemment la même d’une représentation à l’autre, il n’en va pas de même ni des mouvements, ni des émotions que l’interprète dégage face à son public, pas plus d'ailleurs que de la structure de l’œuvre. En effet, les éléments qui entrent en jeu lors de l’improvisation sont extrêmement variés et diffèrent totalement d’une représentation à l’autre : ils tiennent tout autant au chorégraphe - interprète qu’au lieu dans lequel il se trouve. Si les évènements qui ont interféré récemment avec la vie de l’artiste et qui lui sont propres, joies ou tracas par exemple, revêtent une importance primordiale, il en est d’autres non moins influents tels l’ambiance extérieure, voire le public dont le rôle peut être tout aussi prégnant. Et, paradoxalement, les textes que Gyohei Zaitsu propose dans le programme comme guide de ses spectacles n’ont très généralement plus rien à voir avec le propos de sa danse. En effet, ces phrases, souvent écrites 15 jours ou trois semaines avant la date des représentations, ne reflètent quasiment jamais les pensées de l’artiste au moment du spectacle.

Dans sa dernière œuvre, Un vieux rêve, un nouveau rêve, sur un fragment de la Faust-Symphonie de Liszt et l'Ave Maria de Schubert, le chorégraphe évoque au début du spectacle, la mémoire de sa grand-mère, une vieille femme courbée par le poids des ans, la tête tournée vers le sol, une baguette à la main. On aurait pu imaginer qu’il s’agisse de sa canne. Eh bien non, cet insignifiant petit morceau de bois ayant été ramassé incidemment et sans but précis sur les lieux où Gyohei avait dansé 48 heures plus tôt : après avoir joué un instant avec, il l’avait inconsciemment gardé avec lui, et cet insolite objet s’est retrouvé tout naturellement dans le spectacle, prenant du reste une importance non négligeable. Il est d’ailleurs fort possible que, dans la représentation du lendemain, l’objet ait disparu !

Inutile donc de tenter de percer les pensées du chorégraphe ou du danseur au moment de la représentation. Il nous faut s’abandonner, laisser courir notre imagination et la nourrir de sa propre interprétation des choses et évènements qui parviennent à notre esprit. Il est même possible que l’artiste lui-même s’imprègne inconsciemment de notre ressenti : il passe en effet toujours un courant, une sorte d’énergie, positive ou négative, entre les spectateurs et l’interprète : si celui-ci nous donne son âme, nous, en revanche, nous lui donnons la nôtre…

J.M. Gourreau

 

Un vieux rêve, un nouveau rêve / Gyohei Zaisu, Espace Culturel Bertin Poirée, 5 et 6 juin 2012, dans le cadre du Butô Festival.

 

Gyohei Zaitsu / Un vieux rêve un nouveau rêve / Espace culturel Bertin Poirée / Juin 2013

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau