Hans Van Manen, Jan Martens, Vassili Vainonen, Kader Belarbi, Thierry Malandain / Pour tous les goûts, de toutes les couleurs… / Pas de deux et solo

Hans Van Manen, Jan Martens, Vassili Vainonen, Kader Belarbi, Thierry Malandain

 

Pour tous les goûts, de toutes les couleurs…

 

Mozart a 2 irma hoffren mickael conte olivier houeix malandain ballet biarritz 2Le corsaire1 natalia de froberville et ramiro gomez samon capitole de toulouse 2Mozart a 2 clemence chevillotte arnaud mahouy olivier houeix 2 malandain ballet biarritz

Mozart à deux / Malandain

C. Chevillotte - A. Mahouy

Ph. O. Houeix

Le Corsaire / K. Belarbi - N. de Froberville - R. Gómez Samón                                                                                                                                                                                                     Mozart à deux / Malandain - I. Hoffren-M. Conte - Ph. O. Houeix                                                                                                

Les pas de deux et soli ont, de tous temps fait la joie des ballétomanes. Cela leur permettait entre autres de se livrer au petit jeu des comparaisons, ces prestations mettant en valeur non seulement la technicité de chacun des interprètes ainsi que leur légèreté mais aussi leur aura, traduisez leur aptitude à exprimer les sentiments qui les animent, leur grâce, leur élégance, leur aisance, voire leur immatérialité : les piécettes présentées à leur public, des aficionados le plus souvent, étaient généralement tirées du répertoire romantique.

Si elles sont tombées un peu en désuétude à l’heure actuelle, c’est certes lié au changement de goût mais surtout de mentalité du public, par rapport à celui des années cinquante ou soixante… Mais sans doute aussi pour obéir aux règles de distanciation physique engendrées récemment par la COVID… Quoiqu’il en soit, les spectateurs d’aujourd’hui ne boudent pas leur plaisir lorsque l’occasion leur est donnée d’admirer les "performances" (au sens noble du terme) de ces artistes, lesquels ont généralement mis des dizaines d’années pour parvenir à un tel niveau…

 

Le corsaire2 natalia de froberville et ramiro gomez samon capitole de toulouse202009 proscenium a svetlana loboff onp 148 trois gnossiennes ludmila pagliero hugo marchand202009 proscenium a svetlana loboff onp 140 trois gnossiennes ludmila pagliero hugo marchand

                                                                               Trois gnossiennes / Hans van Manen

L.Pagliero-H. Marchand

  Photo S. Loboff

 

Le Corsaire / K. Belarbi - N. de Froberville - R. Gómez Samón                                                                                                                  Trois gnossiennes / Hans van Manen - L.Pagliero-H. Marchand - Photo S. Loboff

Une fois donc n’est pas coutume et c’est avec une très grande satisfaction que les amateurs de danse ont accueilli ce gala d’étoiles concocté avec beaucoup de bonheur par les productions Sarfati, initiative prise également en cette rentrée d’automne par le Ballet de l’Opéra de Paris et celui de l’Opéra de Lyon. Un autre atout ajoutait du piquant à ce spectacle, les six pièces du programme étant interprétées par des solistes de cinq compagnies françaises différentes, du Ballet de l’Opéra de Paris au Ballet du Capitole de Toulouse, en passant par les ballets des opéras de Lyon et de Bordeaux, ainsi que par le Malandain Ballet de Biarritz. Eclectisme de mise !

Parmi les six œuvres présentées, trois d’entre elles méritaient une attention particulière. Paradoxalement, c’est le solo Period piece de Jan Martens créé le 17 septembre dernier à l’Opéra de Lyon et interprété par l’Américaine Kristina Bentz qui retint particulièrement notre attention. Il faut dire que la partition de Górecki, composée en 1973 et dans laquelle on peut retrouver des accents du Sacre du printemps, a été magistralement servie par le chorégraphe Belge, une musique toute en contrastes au sein de laquelle "l’ancien et le nouveau, le sérieux et l’absurde, le minimal et l’exubérant se mêlent" pour "ouvrir la voie à une danse extravagante dans laquelle l’énergie (im)pulsée va de pair avec un contrôle lent". L’œuvre débute - et se termine aussi - par un manège sur demi-pointes, vif et enlevé, aussi électrique qu’électrisant, ponctué de petits cris stridents (sic) ; il est suivi par un mouvement minimaliste quasi sur place dévolu aux bras, auxquels l’interprète imprime d’harmonieuses courbes et des lignes géométriques reposantes, qui se propagent peu à peu au reste du corps, lesquelles ne sont pas sans rappeler certaines chorégraphies carlsoniennes. Le troisième et dernier mouvement, aussi véhément et de la même veine que le premier, permet à l’interprète, après ce temps de retenue, de se laisser totalement aller à son plaisir.

Jan Martens Period pieces 01Jan Martens Period Pieces 02

Jan Martens Period pieces 03

Kristina Bentz dans Period Piece de Jan Martens - Ph. C. Bergeat

Autre sujet digne d’intérêt, Toulouse Lautrec, pas de deux de Kader Belarbi interprété par Natalia de Froberville et Ramiro Gómez Samón, danseurs du Ballet du Capitole. Créée le 4 novembre dernier à Toulouse sur une musique de Bruno Coulais, cette chorégraphie dessine un portrait plus vrai que nature du peintre en présence d’une jeune femme, un de ses modèles peut-être, tout autant aguicheuse que légère et aérienne. Bien qu’étant atteint d’une maladie d’origine génétique qui affectait le développement de ses os, l’artiste se révélait un redoutable provocateur dans les salons tout en faisant avec assiduité  la cour aux jolies femmes, qualités et défauts que le chorégraphe a mis en avant avec beaucoup de perspicacité.

Enfin, cerise sur le gâteau, Mozart à deux, ensemble de trois duos concoctés par Thierry Malandain qui, fidèle à son habitude, a signé, sur quelques pages extraites de divers concertos pour piano de Mozart, une pièce d’une grande originalité et d’une musicalité extrême, mettant en valeur tant les émotions qui étreignaient l’âme de ses interprètes que leur palpitante énergie.

J.M. Gourreau

Pas de deux et solo / Hans Van Manen, Jan Martens, Vassili Vainonen, Kader Belarbi, Thierry Malandain, Théâtre des Champs-Elysées, 15 octobre 2020.

 

Hans Van Manen Jan Martens Vassili Vainonen Kader Belarbi Thierry Malandain / Pas de deux et solo / Théâtre des Champs Elysées / Octobre 2020

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