Héla Fattoumi, Eric Lamoureux / Manta / Mantis religiosa

 

Héla Fattoumi :

 

Mantis religiosa

 Photos L. Philippe

 

Le débat sur la burqa a déjà fait couler beaucoup d’encre. De la part des européens entre autres qui, pour les uns, considèrent le voile intégral comme une entrave à la liberté, une contrainte religieuse et, pour les autres, une manière de se préserver, un système de défense. Il était intéressant d’avoir le point de vue d’une femme issue d’un pays où nombre d’entre elles sont habituées à la porter, de leur plein gré ou non. Héla Fattoumi en effet est née à Tunis, ville où nombre de femmes portent  la burqa aujourd’hui, même dans sa propre famille, alors qu’elles ne la portaient pas au moment de son enfance. Elle-même d’ailleurs ne s’en était jusqu’alors jamais vêtue.

D’entrée de jeu, sa position vis à vis du voile est affirmée sans ambiguïté : sa fantomatique apparition sur scène statufiée, vêtue d’une burqa blanche ne laissant entrevoir que ses yeux, juste après nous avoir projeté quelques images montrant un bébé emburquiné, le Coran à la main, nous en dit long sur sa pensée… Et d’insister en dévisageant le public de ce regard inquiétant, provocateur, durant de longues, longues minutes dans le silence, comme si nous n’avions pas déjà saisi sa désapprobation…

Construite par petites touches, cette œuvre affinera sa réflexion, nous en démontrant finalement toute l’ineptie : à ses yeux, ce vêtement s’avère bien un carcan, un enfermement, une contrainte que les sourates XXXIII et XXXIV du Coran n’imposent pas nécessairement. Le solo qui suit, un cri poignant, est sans doute l’un des moments les plus forts de la soirée : en contre jour sous sa burqa, elle révèle la fascinante beauté charnelle de son corps en transes, apparition saisissante d’érotisme et de féminité, avant goût d’un désir ardent de liberté. Mais il lui faudra réfréner cette soif pour vaquer aux occupations ménagères, apanage de toutes les femmes dans une société où les hommes règnent en maître. Jeter à bas ce voile, s’en libérer équivaut à retrouver une liberté chérie qu’elle célèbrera en invoquant la mémoire des grandes héroïnes du passé par la voix mais, surtout, par une danse d’une force et d’une sensualité extrêmes montrant, à l’instar de la mante religieuse, que la femme peut s’affirmer sans avoir besoin de se cacher dans un monde où le salafisme semble irrémédiablement toucher toutes les couches de la société musulmane.

 

J.M. Gourreau

 

Manta / Héla Fattoumi – Eric Lamoureux, Théâtre de la Cité internationale, Jusqu’au 16 avril 2010.

Prochaines représentations :

-         Chalon sur Saône, Instance 8, Espace des arts, novembre 2010 (date à confirmer) ;

-         Dijon, Opéra, dans le cadre du festival « Nuits d’orient », 5 décembre 2010 ;

-         Angers, CNDC, 18 et 19 janvier 2011 ;

-         Annecy, Bonlieu, 4 et 5 février 2011 ;

-         Gap, La Passerelle, 8 et 9 février 2011 ;

-         Istres, Théâtre de l’Olivier, 8 mars 2011 (à confirmer) ;

-         St Quentin en Yvelines, Le Prisme, 29 avril 2011 (à confirmer).

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