Héla Fattoumi - Eric Lamoureux / Oscyl / Dialogue avec Hans Arp

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Photos L. Philippe

Héla Fattoumi - Eric Lamoureux :

Dialogue avec Hans Arp

 

Arp entite aileeLes grands sculpteurs classiques tels Michel-Ange, Auguste Rodin ou Camille Claudel ne sont pas les seuls à avoir été sources d’inspiration pour les chorégraphes. Les formes épurées d’artistes contemporains telles celles du sculpteur Suisse Hans (Jean) Arp, notamment son Entité ailée, ont séduit Héla Fattoumi et Eric Lamoureux, lesquels ont créé, pour le dernier Festival mondial de marionnettes de Charleville-Mézières, une œuvre aussi ludique que jubilatoire pour 7 danseurs et 7 culbutos, Oscyl, représentative de la pensée de l’artiste sur les formes fluides, sensuelles et voluptueuses de la nature. Il n’est pas non plus impossible que Arp ait fait allusion, en réalisant cette sculpture, à sa femme, Sophie Taeuber, consœur de Mary Wigman, artiste plasticienne mais aussi, à ses débuts, danseuse masquée au cabaret Voltaire de Zurich, haut lieu artistique d’où émergea le mouvement Dada. Arp a conçu cette oeuvre en marbre en 1961, un an avant l'importante rétrospective de son travail à Paris et à New York. Dans l’ouvrage collectif* paru en son hommage, Jean Arp, invention de la forme, on peut lire : « L'assimilation par Arp du processus de création dans la nature avec celui de l'art trouve une dimension tangible dans ses sculptures... Issues de formes simples et primordiales - le plus souvent celle d'un embryon, d'une tête simple, d'un nombril, d'un bourgeon ou même d'une amibe - les sculptures d'Arp déploient leurs pouvoirs d'expression spatiale précisément à travers ces masses organiques et arrondies dont les mouvements expansifs suggèrent l'existence d'un centre d'énergie imaginaire au cœur des œuvres elles-mêmes. En effet, il y a un sentiment de flux permanent, comme si les courants et les forces se dressaient jusqu'à la surface pour y être solidifiés ». C’est très précisément ce que l’on peut ressentir à la vue de ces "oscyls biomorphes" animés par leurs partenaires humains qui leur transmettent cette énergie qu’est la vie et qui pourraient très bien être transposés et évoluer dans un parc ou un jardin. Conçues par le scénographe / plasticien Stéphane Pauvret, ces quilles organiques anthropomorphes épurées, d’une grande puissance visuelle, évoquent aussi, tant pour Hans Arp que pour les deux chorégraphes, la métamorphose. Par ailleurs, la recherche de la pureté et de la forme idéale ont conduit le sculpteur à remarquer que si les arts de l’antiquité ont véhiculé l’idée de la métamorphose, c’est cependant depuis l'impressionnisme que « l'art s'est transformé irrévocablement vers la désintégration de la figure humaine ».

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L’idée géniale des protagonistes de ce spectacle fut d’exacerber le rayonnement du centre d’énergie de la sculpture en donnant la possibilité à cette Entité ailée, inanimée à l’origine, de se mouvoir, ne serait-ce qu’un bref instant, par un mouvement oscillatoire rendu possible grâce à son socle hémisphérique et l’abaissement de son centre de gravité. Cette sculpture, démultipliée par 7 sur le plateau, pouvait ainsi prendre vie rien qu’à la suite d’une infime impulsion, voire d’une caresse, lesquelles la conduisaient à osciller, d’où le nom qui lui a été donné. Il ne restait donc plus aux danseurs que de s’emparer de leur "double", marionnette grandeur nature avec laquelle ils ne se privèrent pas de jouer. Après un bref instant d’hésitation vis-à-vis de ces créatures anthropomorphes inconnues, les rapports deviennent plus sensuels, plus intimes : il faut les voir les bercer, les enlacer, les étreindre, les cajoler, les bécoter, se couler dans leurs formes aussi raffinées que dépouillées… Mais aussi basculer, rouler, rebondir, se cabrer, combattre,s’envoler, valser, avec elles, tout comme des enfants. Toutefois, les réactions de ces créatures de polymère peuvent parfois être imprévisibles et générer des mésaventures qui surviennent toujours au moment où l’on s’y attend le moins. N’est-il pas en effet arrivé à l’un d’elles de perdre sa (la) tête à la suite d’un tout petit choc lors de l’une des ultimes répétitions ? Consternation générale : comment effectuer une plastie dans les délais les plus brefs ? Voilà tout ce petit monde - les êtres vivants bien sûr - qui armés de ruban adhésif et de colle, qui de sparadrap et de peinture, transformés en chirurgiens-plasticiens affairés, en demeure de rafistoler tant bien que mal cette malheureuse poupée dont on n’avait pas précisément mesuré la fragilité ! Bref, tout fut bien qui finît bien, et la peur fut plus grande que le mal… Il n’en demeure pas moins que ces êtres s’avèrent fort difficiles à manipuler et qu’ils doivent être l’objet des plus grandes attentions, pour notre plus grand plaisir à tous !

J.M. Gourreau

Oscyl / Héla Fattoumi-Eric Lamoureux, Théâtre national de la danse Chaillot, du 22 au 24 février 2018.

 

*M.L. Borràs, P. Descargues, D. Cohn, A. Gheerbrant,  Editions des cinq continents, 2004.

 

Héla Fattoumi - Eric Lamoureux / Oscyl / Théâtre de Chaillot / Février 2018

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