Hervé Diasnas /Diaphane / L'envol d'Icare

Hervé Diasnas :

 

 

L’envol d’Icare

 

 De tous temps, l’Homme a cherché à s’élever dans les airs pour conquérir l’espace, à échapper aux lois de la pesanteur, par ivresse de liberté sans doute mais aussi par besoin de domination, par nécessité d’aller toujours plus loin et plus haut, au risque de devoir se retrouver face à face avec sa simple condition d’humain. Grisé par le vol mais trahi par ses ailes, Icare mourut d’avoir désobéi à Dédale, précipité dans la mer qui porte désormais son nom. Fasciné depuis toujours par les machines, Hervé Diasnas tenta t-il de montrer que ce rêve eut été possible ? Ou peut-être, plus simplement, a t’il été séduit par la grâce et la poésie des arabesques des corps en mouvement dans l’espace ? Mais peut-être encore, plus philosophiquement et de manière sous-jacente, voulut-il nous amener à réfléchir sur notre condition de marionnettes gérées par des pantins ?

Sur scène en effet, deux univers. Le premier, celui qui s’offre à nous à l’ouverture du rideau, est un monde d’êtres asservis, mécanisés, presque rivés au sol, le poids de la misère sur leurs frêles épaules, cherchant à s’élever. En témoigne cette jeune femme, traînant à ses pieds des chaussures de plongeur lestées de plomb dont elle ne parvient à se défaire, ou ces hommes-reptiles ondulant de mouvements serpentesques sur le sol. D’une beauté purement formelle, d’autant plus agréable à regarder que l’action se déroule en de multiples endroits de la scène.

Le second univers qui surgit petit à petit pour prendre le pas sur l’autre est annoncé par un baladin, la redingote affublée de trois ballons gonflés à l’hélium, tirant sa gracile silhouette vers les cintres, image très forte et, sur le plan artistique, du plus bel effet. Prélude à l’envol de ces spécialistes de la danse aérienne prenant progressivement le pas sur les danseurs à terre, les guidant dans leur folle épopée dans l’espace après les avoir arrachés au sol. Ces séquences sont peut-être les plus belles et les plus originales de cette création, évoquant sinon l’envol d’Icare, du moins celui, plus prosaïque, des ammophiles, ces insectes carnassiers fondant comme un aigle sur leur proie en la capturant de leurs pattes ravisseuses pour la ramener par les airs jusqu’à leur nid, simple trou creusé à même le sol. Après y avoir déposé cette proie préalablement paralysée, elles pondront au sein de son corps leurs œufs, lesquels, une fois éclos, donneront des larves qui se développeront aux dépens de ses chairs, devenir guère enviable pour un être plein de force et de vie ! Fort heureusement pour les danseurs à terre, les aériens n’étaient pas des cannibales et ne se sont donc pas livrés à ce petit jeu à l’issue du spectacle ! Il n’en demeure pas moins que ces envols, de par leur répétition et leur succession, avaient quelque chose de magique et ludique tout à la fois, comme s’ils n’avaient été conçus que pour emmener, tel Peter Pan, les enfants dans un voyage enchanté.

 

J.M. Gourreau

 

Diaphane / Hervé Diasnas, Fontenay-sous-Bois, Mars 2011, dans le cadre de la 16è biennale de danse du Val de Marne.

Commentaires (1)

1. Marcel (site web) 04/07/2011

Bravo pour votre article.
Un délice de poésie.

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