Hervé Robbe / Un terrain encore vague / Vague mais soigneusement habité

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Photos Jeanne Vales CCDS Enguerand



Hervé Robbe :

 

Vague, peut-être, mais soigneusement habité

 

 

Si Hervé Robbe a fait de la danse son art et son métier, il n’en a pas moins toujours été attiré par l’architecture et la mise en espace des formes et volumes, s’efforçant de conjuguer, voire de marier les deux arts. Un terrain encore vague en voit peut-être l’aboutissement. Cette œuvre est née d’un souvenir d’enfance, la vision du terrain de jeu qui s’étalait sous ses fenêtres et dans lequel il s’ébattait à ses moments de loisir. Un terrain vague sans doute parsemé d’objets les plus hétéroclites, transformés par son imagination en maisons, abris, caches, partenaires ou jouets fort divers. De là l’idée de faire revivre certains instants heureux de son enfance pour les faire partager à son public. Un ressenti d’une douceur et d’une sérénité étonnantes, mettant en valeur différents objets de bois sans fonction réellement définie mais qu’il est parvenu à sublimer. Il faut dire que, bien qu’ils puissent relever de l’ordinaire et faire partie du quotidien, ces objets, dans l’imagination du môme qu’il était, prenaient une tout autre dimension, laquelle, transportée trente ans plus tard dans l’univers d’un adulte, s’auréola d’une dimension esthétique et artistique qu’elle ne possédait sans doute pas à l’origine. Ce qui explique le fait qu’Hervé Robbe ait fait appel à un sculpteur britannique contemporain de renom, Richard Deacon, pour magnifier la représentation de ces objets. En 1993 déjà, le chorégraphe commandité à cet artiste la scénographie de son spectacle Factory. De cette rencontre se sont tissés des liens d’amitié et de complicité entre ces deux créateurs qui ont conduit le sculpteur à proposer au chorégraphe, pour accompagner son œuvre, des éléments de sculpture mis à l’écart dans son atelier, à l’abandon comme dans un terrain vague.

Le spectateur est accueilli par une musique d’ambiance, doucereuse mais chaleureuse. Les côtés cour et jardin de la scène sont jonchés de pièces de bois courbes ou vrillées, certaines assemblées pour former des ébauches de sculpture visiblement issues d’un atelier d’ébéniste. Arrive un personnage encapuchonné qui se met en devoir d’arpenter le pourtour de la scène d’un pas régulier tout en trébuchant de temps à autre comme sur un chemin semé d’embuches. Un autre personnage vêtu de la même manière – son âme sœur ? – lui emboite bientôt le pas. Tous deux chemineront ainsi sans rupture ni arrêt, tantôt côte à côte, tantôt l’un en arrière l’autre, en parfaite harmonie. Leur danse, géométrique, un peu alambiquée, dessine des courbes sinueuses qui, en se reflétant sur le sol, prolongent celles des sculptures qu’ils se mettent peu à peu en devoir de déplacer et réarranger, leur conférant ce faisant une nouvelle vie. Les figures et images ainsi tracées s’emboitent et se déboitent dans un mouvement calme et continu, s’enchaînant avec un naturel étonnant, laissant une trace fugitive lénifiante, à l’image d’une vague sans cesse remaniée par l’océan.

J.M. Gourreau

 

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Factory à sa création en Avril 1993 à La Ferme du Buisson

Photo J.M. Gourreau

Un terrain encore vague / Hervé Robbe / Théâtre National de Chaillot, 29 et 30 mars 2012.

Hervé Robbe / Un terrain encore vague / Théâtre de Chaillot / Mars 2012

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