Hofesh Shechter / Barbarians / Un monde de contrastes

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Photos John Ross & Gabriele Zucca

Hofesh Shechter:

Un monde de contrastes

 

Il est fidèle à lui même, fougueux, emporté, violent. Mais surprenant aussi. Barbarians, un triptyque que l'on a pu voir au Festival d'Avignon en juillet 2015 et qui est donné en ce moment à Paris avant de l’être à Lyon, ne déroge pas à la règle. Dans ses deux premières parties tout au moins, car la troisième est d'une toute autre facture. Que diantre Hofesh cherche t'il à relater dans les deux premières, respectivement intitulées The barbarians in love et tHE bAD ? On ne le saura vraisemblablement jamais car, comme il le dit lui-même, c’est le hasard qui régit ses créations. Chorégraphiques comme musicales. Avec cependant l’envie de surprendre, voire de choquer. Tout est fait au petit bonheur la chance, dans l’instant. Dans une interview à Laurence Houot en juillet 2015 en Avignon, il expliquait: « Aujourd'hui on peut faire du son facilement. On ouvre internet, on tape, et hop, des choses surgissent ! Alors moi, je mélange tout ça, des musiques déjà écrites et j'y ajoute mes inspirations, mes inventions. Je me régale »… On ne s’étonnera donc pas qu’il agisse de la même façon lorsqu’il règle ses chorégraphies…

Le spectateur est d’ailleurs mis dans le bain dès les premières secondes : des flashes de lumière aveuglante alternés avec des noirs profonds laissent deviner les évolutions électrisantes de six danseurs vêtus d’un blanc éclatant sous les accents d’une musique rythmique tonitruante : celle-ci est par moments entrecoupée de quelques phrases issues des Concerts Royaux de François Couperin et, à d’autres, de déclamations morales sur le bien et le mal, l’ordre et le désordre, concepts auxquels l’on sait Hofesh Shechter particulièrement attaché. Insolite et détonnant pour ne pas dire iconoclaste ! Mais, passons, on finit par s’y habituer...

Hofesh shechterMême style et même atmosphère dans la seconde partie, là encore sous une débauche de décibels parfois assénés comme des coups de marteau. Le mouvement des corps électrisés, la violence sourde et contenue des interprètes, leur course heurtée, brutalement stoppée, leur gestuelle énergique et nerveuse, désarticulée, leurs soubresauts intempestifs traduisent leur torture intérieure mais aussi leur rage de vivre. Une danse toutefois abstraite et confuse, répondant aux chocs de l’univers sonore mais qui finit par vous prendre à la gorge lorsqu’elle étreint l’ensemble des protagonistes présents sur la scène, unis dans un même élan.

Changement brutal de style avec la 3ème partie qui révèle de façon surprenante un chorégraphe capable de dépeindre des émotions patentes et lisibles, en l’occurrence celles d’un couple face à l’amour. L’œuvre, primesautière, montre un jeune adolescent curieusement vêtu d’une culotte de cuir à la tyrolienne, s’acoquinant à une jeune femme « bien sous tous rapports », laquelle finit par répondre avec tendresse, innocence et empressement à ses avances dans une danse débridée très libre, sensuelle, ludique, exubérante, en tous les cas pleine de jeunesse et d’entrain. On se demande bien comment le chorégraphe en est arrivé là, peut-être pour se faire pardonner la violence qui émanait des deux premières parties de l’œuvre ?

J.M. Gourreau

Barbarians / Hofesh Shechter, Théâtre de la Ville, du 30 mai au 4 juin 2016.

 

Hofesh Shechter / Barbarians / Théâtre de la Ville / Mai 2016

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