Hofesh Shechter / Sun / Beaucoup de bruit pour rien

Photos Gabriele Zucca

Hofesh Shechter :

Beaucoup de bruit pour rien

 

Ce devait être un éloge de la beauté. Ce fut l'éloge de la laideur. Tant sur le plan de l'esthétique que sur celui de la musique. On aurait d'ailleurs pu s'en douter, les ouvreuses distribuant aux spectateurs des boules Quies en même temps que le programme à l'entrée de la salle. Et, effectivement, le niveau sonore fut quasi-insupportable pour celui qui n'avait pas pris le soin d'enfoncer aussi profondément que possible ces bouchons dans ses esgourdes dès le début du spectacle. On peut d'ailleurs réellement se demander les raisons d'un tel niveau sonore : sans que cela nuise à l'atmosphère de la pièce, baisser le son de quelques décibels aurait également permis au théâtre de faire l'économie de quelques milliers de ces prothèses à oreilles, ce qui, par ces temps de récession, n'aurait pas vraiment été superflu... A vrai dire, Hofesh Shechter est coutumier de ce fait, ceux qui ont assisté à ses deux derniers spectacles s'en souviennent sans doute : Uprising et In your room qui avaient été donnés sur cette même scène en février 2010, ainsi que The art of Looking back au Théâtre des Abbesses en février 2012, possédaient cette même caractéristique d'être aussi tonitruantes l'une que l'autre (cf. l'analyse de ces spectacles dans ces mêmes colonnes). Ce qui ne nous étonnera pas si l'on se rappelle que Hofesh Shechter fut percussionniste dans la Batsheva Dance Company avant de faire ses armes de chorégraphe sous la houlette de Ohad Naharin...

Quant au plaisir des yeux que le chorégraphe aspirait à faire partager à son public, il dut lui aussi rester au vestiaire. "Allais-je être capable de créer quelque chose de léger, voire de drôle, qui soit porteur d'une certaine forme de beauté ?" écrivait-il dans le programme. Et de poursuivre, comme pour s’en excuser : "Aujourd'hui, très humblement, je crois avoir échoué sur pas mal de points"... Au moins, à défaut de talent, fait-il preuve d'une certaine lucidité qui reste tout à son honneur... Cela n'étonnera donc personne si j'affirme que ce qui se déroulait sur scène n'avait ni queue, ni tête ! Des variations plus ou moins farfelues se succédant les unes aux autres sans que l'on puisse déceler un quelconque rapport entre elles, à l'exception toutefois de figurines grandeur nature en carton découpé à l'image de moutons, d'un loup et de drôles de bergers qui reviennent de temps à autre comme un leitmotiv en sautillant sur scène... Pour le moins déroutant ! Que dire encore de ces êtres tous atteints de tremblements synchrones, de crises d'hystérie collective et de trépignements nerveux sous un déluge de décibels à en faire vibrer les murs de la salle ? Et de ce personnage qui se fait rosser sans motif par ses congénères avant de se relever et narguer le public comme s'il ne s'était rien passé ?

Que reste-t-il alors de positif dans ce spectacle ? Pas grand chose si ce n'est le dynamisme de la compagnie et quelques variation d'ensemble, certes mécanisées mais fort bien exécutées, mettant en valeur la maîtrise technique et le talent des interprètes. Bien insuffisant en tout cas pour relever le niveau du spectacle…

J.M. Gourreau

Sun / Hofesh Shechter, Théâtre de la Ville, du 6 au 14 janvier 2014.

Hofesh Shechter / Sun / Théâtre de la Ville / Janvier 2014

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