Hofesh Shechter / Uprising / In your rooms / A l'image de notre société, de violence et de bruit

Photo A. Lang

Hofesh Shechter :

 

 

 

 A l’image de notre société, de violence et de bruit

 

 

Un petit panneau anodin dans l’atrium du théâtre nous en avait prévenus : le volume sonore risquait d’être élevé à certains moments du spectacle. En fait, il s’est révélé carrément assourdissant durant la quasi-totalité de la représentation… Le "bruitage musical" des deux œuvres présentées, dont le volume et les rythmes n’étaient pas sans évoquer ceux de la techno de nos rave-parties, avait été conçu par le chorégraphe lui-même… Au fond, quoi de plus normal pour un jeune qui vient de fêter ses 35 printemps ! Là n’était cependant pas la seule surprise qui attendait le spectateur : la danse, s’est en effet révélée aussi étonnante qu’originale, à la mesure de ce que l’on était en droit d’attendre de ce jeune artiste de Jérusalem.                                                                                                                           Le spectacle se composait de deux courtes pièces complémentaires l’une de l’autre quant à leur structure : un septet masculin, Uprising, et une œuvre pour onze danseurs des deux sexes accompagnés par cinq musiciens, In your rooms. Ces deux pièces débutaient de la même manière, les danseurs alignés de cour à jardin, sortant de la pénombre au devant de la scène dans un tintamarre tonitruant, évoquant, pour Uprising, le bruit - cent fois amplifié - d’un lance-flammes… Inutile de recommander, au début de la représentation, la fermeture des téléphones portables ! S’en suivaient un face à face puis des corps à corps sauvages, dans une lumière fortement tamisée ou, à l’inverse, dans de violents contre-jours… La danse, quant à elle, était rythmée par le martèlement de la partition, leitmotiv dont les basses entraient en résonance dans la tête des spectateurs… Une danse elle aussi extrêmement violente mais fort originale, les interprètes étant ramassés sur eux-mêmes et animés par une gestuelle incisive suivie de brusques détentes issues du plexus solaire. Leur répétition par le groupe des exécutants avait pour effet de démultiplier leur force expressive. De temps à autre émergeaient quelques phases de calme qui cassaient ce déferlement de sauvagerie brutale et impétueuse, finalement à l’image de la jeunesse d’aujourd’hui.

La même agressivité, soutenue par une musique faite de grondements et de battements tout aussi sourds, interprétée par un orchestre qui semblait suspendu dans les airs, se retrouvait dans In your rooms. Mais le rythme électrisant, répétitif et jusqu'au boutiste de l’œuvre était fréquemment interrompu par de nombreux « noirs » et, surtout, panaché de quelques moments de sérénité desquels jaillissaient d’inoubliables instants de pure tendresse, distillés notamment par une admirable danseuse asiatique, Yen-Ching Lin, étonnante de grâce et de légèreté, dont le mouvement des bras se terminait parfois en volutes d’une très grande beauté.

Au final, une œuvre qui pouvait être critiquable du fait de son avalanche de décibels mais qui se révéla aussi, admirable par l’originalité de sa chorégraphie.

 

J.M. Gourreau

 Photo G. Zucca

 

 

 

 

 

Uprising et In your rooms : Hofesh Shechter, Théâtre de la Ville Paris, Février 2010.

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