Irina Kolesnikova / Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre / Le lac des cygnes

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Irina Kolesnikova :

Un anniversaire aussi féérique que flamboyant

 

Irina kolesnikova le lac 12Paris ne doit désormais plus avoir de secrets pour l’étoile russe Irina Kolesnikova : celle à qui l’on doit la réputation internationale du Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre se produit en effet pour la 10ème fois depuis le 22 septembre 2007 dans notre capitale, date à laquelle elle dansa le rôle de Shéhérazade au Gala des Etoiles avec pour partenaire Artem Shpilevsky du Ballet du Bolchoï. Sa seconde prestation dans ce même théâtre des Champs-Elysées eut lieu un mois plus tard, très précisément le 21 octobre, date à laquelle elle interprétait déjà dans son intégralité son rôle fétiche, celui d’Odette-Odile du Lac des Cygnes dans la chorégraphie de Marius Petipa et de Lev Ivanov : c’est ce rôle qu’elle danse à nouveau aujourd’hui avec un abattage, une fougue et un brio extraordinaires, accompagnée par le Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre, seule compagnie de ballet classique au monde ne bénéficiant d’aucun subside étatique ni d’aucun sponsorat privé, ce qui en fait un exemple unique dans le monde de la danse.!

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Photos Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre

 

Fondée en 1994 par Konstantin Tachkin, cette troupe de 60 danseurs a été portée au firmament par Irina Kolesnikova qui a rejoint cette compagnie lors de la saison 2000. Tous les grands ballets classiques sont à son répertoire et, parmi eux, Le Lac des cygnes dans une version plus courte révisée par Konstantin Sergueev en 1950. Une véritable féérie de par ses merveilleux décors et costumes foisonnants de détails, dans la plus pure tradition romantique, évoquant les fastes et la richesse de la cour impériale russe. Qui plus est auréolés de splendides éclairages et jeux de lumière qui accentuent, notamment aux 2ème et 3ème actes, le côté maléfique des apparitions du magicien Von Rothbart. Une petite faute de goût toutefois dans ce domaine, la couleur jaune et non blanche des éclairs qui ponctuent les entrées en scène de ce sorcier, lesquels enlèvent un peu de réalisme et de magie au spectacle. Mais cette luxuriante mise en scène, que d’aucuns pourront cependant trouver un peu kitsch, emporte l’adhésion du public. Dans cette version, Odette ne mourra pas de la trahison du prince, le metteur en scène ayant choisi une version plus heureuse : le magicien sera tué, le cygne redeviendra une belle et pure jeune fille et l’histoire d’amour entre Odette et Siegfried se terminera heureusement.

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Il est clair que cette œuvre bien connue est tenue à bout de bras par cette fabuleuse danseuse qu’est Irina Kolesnikova, parfaitement à l’aise dans ce rôle qui lui va comme un gant. C’est précisément après avoir interprété en 2005 ce même rôle au Royal Albert Hall de Londres qu’elle fut nommée meilleure danseuse au National Dance Awards. Sa fragilité, sa grâce, sa délicatesse et sa douceur dans le rôle d’Odette sont tout simplement fascinantes. Cependant, c’est dans le personnage d’Odile, fourbe, perfide, mais convaincante et d’une sensualité extrême qu’elle atteint la perfection. Sa technicité est fabuleuse, notamment  dans les fameux 32 fouettés qu’elle interprète avec une précision, une apparente facilité et un naturel à vous couper le souffle. Je ne pourrai malheureusement pas en dire autant du prince, fade et presque inexistant mais, dans un certain sens, juste dans son rôle, lequel consiste à mettre en valeur sa partenaire. Seul autre personnage à tirer son épingle du jeu, le fou (ou le bouffon), danseur de caractère dont le programme ne donne pas le nom (ni celui des autres danseurs d’ailleurs…) qui subjugue par la magnificence de ses sauts.

Le corps de ballet quant à lui n’est pas non plus tout à fait à la hauteur de nos espérances, malgré sa vitalité et son énergie, l’œuvre exigeant une grande précision et ne souffrant pas la médiocrité. Le célèbre Pas de quatre des petits cygnes, parfaitement exécuté, déclencha toutefois l’unanimité. Même reproche à l’orchestre et notamment aux cuivres, d’une précision toute relative, préjudiciable à une œuvre d’une telle envergure, mais qui remplace cependant  avantageusement une bande-son enregistrée. Il n’en reste pas moins que ce Lac s’avère un spectacle chatoyant qui a l’avantage de pouvoir être adapté à toutes les scènes, ce qui n’est pas le cas des plus grosses productions comme celles du Bolchoï, du Kirov ou de l’Opéra de Paris.

J.M. Gourreau

Le Lac des cygnes / Marius Petipa - Lev Ivanov, Irina Kolesnikova et le St Petersburg Ballet Theatre, Théâtre des Champs-Elysées, Paris, du 21 au 25 février 2018.

 

 

Irina Kolesnikova / Saint-Pétersbourg Ballet Théâtre / Le lac des cygnes / Théâtre des Champs-Elysées / Février 2018

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