Israel Galván / Israel & Israel / Un étonnant dialogue avec une… intelligence artificielle

 Israel Galván :

Un étonnant dialogue avec une…

intelligence artificielle

 

Israel Galván est un être surprenant. S’il recherche avant tout le partage de ses émotions et sentiments avec son public par l’intermédiaire de son art, il éprouve également tout particulièrement le besoin - la nécessité même - de le faire évoluer avec son temps, de lui donner une touche de modernité, de nouvelles couleurs et de nouvelles saveurs. Aussi ne s’étonnera-t-on point de le voir constamment en quête d’expressions artistiques inattendues, de s’intéresser, voire de se passionner pour les technologies du futur, aussi insolites soient-elles, en l’occurrence l’intelligence artificielle. En fait, l’élément déclenchant  fut une proposition de la productrice d’un laboratoire de biotechnologies de l’YCAM (Yamaguchi Center for arts and Media) de Yamaguchi au Japon, qui avait, entre autres, été fort intéressée par Fla.Co.Men, une pièce qu’il avait présentée en 2015 au festival d’Edimbourg. A l’issue du spectacle en effet, cette productrice, fascinée par l’originalité de son zapateado, sa maestria et sa liberté empreinte d’une certaine dérision, lui propose de "s’acoquiner" avec l’équipe nippone de chercheurs de l’YCAM : leur objectif était de concevoir et développer des outils technologiques permettant l’exploration de nouveaux langages et expressions artistiques "pouvant inspirer et stimuler l’imagination des artistes lors du processus de création". Sa proposition visait à décrypter le langage du chorégraphe, en analyser et décortiquer les mouvements pour les communiquer à une intelligence artificielle, laquelle permettrait de "développer une « existence » qui puisse s’adosser à celle d’Israel et lui répondre".

Un véritable défi technologique que Galván s’empressa de saisir à bras le corps car cela ne lui permettait pas seulement de dialoguer avec une simple machine mais avec un véritable objet vivant doté du même langage que lui, apte à réagir par lui-même aux propositions qui lui étaient communiquées sous forme d’impulsions et de vibrations sonores émises par des capteurs insérés au sein de ses bottes. En fait, de converser avec un réel partenaire de jeu, un complice que l’on pourrait comparer à un ordinateur sophistiqué face à un joueur d’échecs aguerri. Et Galván d’en expliquer son ressenti : "J’ai parfois dansé avec des objets comme si c’était un pas de deux mais cette entité là, je ne la vois pas comme un objet ; elle me procure la sensation d’être accompagné quand je danse en scène. Le plus curieux, c’est que j’ai même ressenti de la jalousie envers elle ; elle touche mes émotions et mon ego, elle m’écoute et me répond, parfois doucement, parfois durement ; c’est une conversation et, en même temps, une lutte avec un autre moi".

Il n’est pas étonnant qu’il ait fallu de nombreux mois de travail, tant à Séville qu’à Yamaguchi, pour parvenir à élaborer et finaliser une telle performance. En effet, il ne suffisait pas à la machine d’ingurgiter et d’assimiler les rythmes et la gestuelle du chorégraphe - qui a d’ailleurs utilisé  dans ses œuvres antérieures nombre d’objets souvent transmués en corps vibratoires, que ce soit dans Gatomachia ou Arena - pour gagner sa propre autonomie et établir un véritable dialogue avec le danseur. Des milliers de données une fois synthétisées ont en effet été nécessaires pour développer des vibrations et un langage artificiel qui puisse être ressenti tant par l’artiste que par son public. Y est-il réellement parvenu ? Une réponse assurément positive, notamment pour nombre de spectateurs qui ont pu se rendre compte par eux-mêmes des sensations perçues par l’interprète, ce par le truchement de petits boitiers circulant de la main à la main dans le public ; mais aussi et surtout pour les aficionados de l’artiste qui ont pu mesurer l’évolution de son flamenco sous l’influence de ces nouvelles technologies, lesquelles ont permis à ce danseur quasiment toujours solitaire, d’une part, de se rendre à l’évidence qu’un partenaire, que ce soit son alter ego ou non, pouvait lui ouvrir de nouveaux horizons ; d’autre part, de se risquer dans d’autres lieux, de nouveaux espaces et d’autres champs, tout en lui donnant l’occasion de réaliser son idéal de partage de son art avec des personnages d’horizons différents qui, plus est, lui étaient jusqu’alors totalement étrangers.  

J.M. Gourreau

Israel & Israel / Israel Galván, Maison de la Culture du Japon à Paris, du 24 au 26 octobre 2019, dans le cadre de la Biennale internationale des arts numériques - Paris / Île-de-France. Spectacle créé le 2 février 2019 à Yamaguchi au Japon.

 

Israel Galván / Israel & Israel / Maison de la Culture du Japon / Octobre 2019

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