Israel Galván / La consagración de la primavera / Un flamenco iconoclaste

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Israel Galván :

Un flamenco iconoclaste

 

Portr israel galvan sylvie courvoisier cory smythe la consagracion de la primavera photo jean louis duzert285Que l’on ne se méprenne pas : je ne veux pas dire par ces termes que le nouveau spectacle que nous présente Israel Galván est indigne du roi du Flamenco. Non, son zapatéado est toujours aussi étourdissant. Mais La consagración de la primavera est une œuvre sortant des sentiers battus, du flamenco traditionnel tel qu’on l’entend, une pièce déstabilisante qui bafoue les traditions, qui transgresse les codes. Ce qui n’est pas étonnant quand on connait le personnage : il n’est jamais là où on l’attend, et a fait sienne la célèbre devise de Diaghilev : "Etonne-moi !"

Premier sujet d’étonnement : le choix de la partition musicale, Le Sacre du printemps de Stravinsky. Mais cela, on le savait déjà avant de pénétrer dans la salle. Ses aficionados vous diront d’ailleurs que c’est pour cela qu’ils ont été - ou iront - voir le spectacle. On imagine mal en effet une exhibition de flamenco en solo sur cette grandiose partition musicale, même s’il s’agit d’un arrangement pour deux pianos et à quatre mains. Il n’est certes pas le seul à s’être attaqué à ce monument qui a défrayé la chronique durant de longues années et n’a jamais été à l’abri du scandale, tout au moins avant d’être reconnue comme une œuvre de génie… Il était donc dans la logique des choses que Galván s’y frotte lui aussi…

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Photos J.L. Duzert & L. Rossi

Seconde surprise : la chorégraphie elle-même. Savez-vous que l’on peut exécuter un zapateado autrement qu’en claquant les talons (ferrés) sur le sol ? Avec les pieds nus par exemple, voire même avec les mains ? Si, si, si, Israel Galván, au travers de cette œuvre, vient d’en faire une démonstration aussi éclatante que brillantissime ! Du grand art, que d’aucuns ont d’ailleurs qualifié de grand guignol… Certes, l’artiste a volontairement fait fi de la tradition, s’écartant du "droit chemin" pour ouvrir d’autres horizons, pour sortir le flamenco de son carcan, ce qu’il pouvait bien évidemment se permettre après en avoir exploré toutes les facettes. Sous cet angle, cette épithète peut donc se comprendre ! Elle ne s’avère d’ailleurs pas fausse si l’on considère sa tenue de scène : une vareuse noire dissimulant un short de même couleur, la jambe droite chaussée d’un bas rouge sang, la gauche quant à elle en étant dépourvue, laissant admirer le jeu de ses muscles… Tenue pour le moins provocante, sinon subversive pouvant faire la joie de ses détracteurs qui n’ont cependant pu faire fi de son éblouissante technique, que lui seul est capable de maîtriser avec une aisance à nulle autre pareille… Et diantre, il l’a fichtrement mise à l’épreuve au travers d’une chorégraphie brutale, emportée, fougueuse, tempétueuse, explosive, agressive… reflet de la violence sourde et contenue dans la partition de Stravinsky, de ses lignes de force, de son essence, de sa substantifique moelle, pour paraphraser Rabelais !

Cela dit, une telle liberté d’expression, une telle provocation, une telle audace génèrent une prise de risque, un défi qu’il assume avec une mâle assurance, si ce n’est avec une certaine fierté. Et, ma foi, on le lui pardonne bien volontiers car il fallait oser le faire, quitte à s’attirer les foudres de ses admirateurs. Sa chorégraphie incisive, percussive, martelée, confère une nouvelle force à l’œuvre tellurique du compositeur, l’ancrant dans le sol sitôt qu’elle en jaillit.

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Cette œuvre relativement brève, interprétée avec une éclatante maestria au piano par Cory Smythe et Sylvie Courvoisier - laquelle avait déjà collaboré avec Israel Galván pour La Curva - était suivie par une composition musicale de cette dernière, Spectro, sur laquelle le chorégraphe avait également apposé sa griffe. Une pièce certes de la même veine, et d’essence similaire au Sacre, mais effacée par la force de la partition de Stravinsky, bien que ne dépareillant pas avec elle. Il eut été préférable de l’insérer entre Conspiración, composition pour deux pianos signée Sylvie Courvoisier et Cory Smythe qui ouvrait la soirée et Le Sacre qui aurait dû la clore.

J.M. Gourreau

La consagración de la primavera / Israel Galván, musiques de Stravinsky (Le Sacre du printemps), Sylvie Courvoisier et Cory Smythe, Théâtre de la Ville au 13ème art, du 7 au 15 janvier 2020.

Pièce créée à Lausanne le 23 novembre 2019.

 

Israel Galván / La consagración de la primavera / Théâtre 13 Paris / Janvier

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