Israel Galván / Le Réel / La force du geste

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Photos Javier del Real

 

Israel Galván :

 

La force du geste

 

Il nous avait déjà stupéfiés il y a un peu plus d’un an sur cette même scène avec La Curva. Il nous  revient aujourd’hui avec une pièce plus étonnante encore, Le Réel/Lo Real/The Real, qui lève un coin peu connu du voile de l’histoire andalouse, évoquant celle des gitans torturés avant d’être exterminés par les nazis. Créée à Madrid en décembre dernier, cette œuvre poignante, d’une force indicible, se prête parfaitement au style chorégraphique dans lequel Israel Galván est passé maître et qu’il révolutionne aujourd’hui, le flamenco : la violence et la profondeur de la danse, son approche résolument contemporaine retraduisent avec une véracité inouïe les sentiments qui animent l’âme de ce danseur au tempérament hors du commun. C’est sans doute pour ne pas oublier ni occulter cet épisode tragique de la vie de son peuple que ce sévillan en a retracé, avec 12 de ses compères parmi lesquelles deux des meilleures bailaoras du moment, Belén Maya et Isabel Bayon, quelques étapes traduisant autant le désarroi que la peur et le courage d’un peuple qu’il symbolise d’ailleurs presque à lui seul. C’est donc à une sorte de reconstitution du voyage final que firent ses ancêtres depuis l’Espagne jusqu’en Allemagne dans des wagons à bestiaux qu’il nous est donné d’assister au travers de scènes d’une époustouflante beauté, à la fois par le chant et par la danse : Galván fascine par son expressivité mais aussi et surtout par son zapateado (qu’il pratique même sur des poutrelles métalliques couchées au sol et qui symbolisent sans doute les rails) et son jeu de jambes, d’une complexité ahurissante. Ce thème, il l’avait déjà abordé dans Arena, ballet sur la tauromachie mais dont la seguiriya se référait directement aux camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila. S’il n’avait vécu lui-même ce génocide ainsi que celui de ses ancêtres par Hitler, ses parents l’évoquaient cependant souvent devant lui, ne lui cachant aucun détail ; ils faisaient partie de son éducation, le traumatisant inconsciemment. Devenus en quelque sorte un stigmate, il éprouva la nécessité de les exorciser, d’exprimer par la danse ce qui ne pouvait être dit par le verbe, de danser l’impossible, comme il le dit lui-même fort justement. Et sa danse, intense et viscérale, parvient à certains moments aux limites de la transe. C’est cela qui nous captive et nous bouleverse, bien plus que des images ou des mots.

J.M. Gourreau

 

Le Réel / Lo Real / The Real, Israel Galván, Théâtre de la Ville, 12 au 20 février 2013.  

Israel Galván / Le Réel / Théâtre de la Ville / Février 1013

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