Izumi Yamada / Miroir des eaux / Le rêve d'un fantôme

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Photos J.M. Gourreau


Izumi Yamada :

 

Le rêve d’un fantôme

 

Les nippons ont vraiment l’art de conter et mettre en scène des histoires merveilleuses aussi étranges que fascinantes, totalement hors du temps. Miroir des eaux réunit en fait deux courts fabliaux nés de l’imagination débridée de la chorégraphe. Le premier se rapporte à une femme qui aurait vécu à deux époques différentes ramenées dans le même espace-temps. Le spectateur se trouve ainsi en présence de deux personnages qui ont vécu à plusieurs siècles d’intervalle dans le même lieu, l'un, une japonaise du 10ème ou 12ème siècle, en costume traditionnel, calme et posée, empreinte de préciosité mais aussi d’une grande sagesse, confrontée pour la circonstance à son double, réincarné en personnage espiègle et turbulent, à l’image de la jeunesse d’aujourd’hui et qui, cette fois, vit en Europe à notre époque. Une rencontre pleine d’humour, truffée de quiproquos et d’un zeste de jalousie. Or, la pièce d’habitation que tous deux ont partagé à des époques différentes, se trouve être aussi hantée par l’ombre d’un fantôme qui les aura observés à la dérobée tout au long de leur existence. Une œuvre pleine de mystère mais non dénuée d’intérêt qui met en évidence les diverses facettes d’une même femme, le meilleur comme le pire…

La seconde partie du spectacle met cette fois en scène le fantôme, sorte de Janus à deux têtes, qui s’entichera d’une voyageuse sortie de nulle part et cherchera à s’en faire une amie, laquelle, par un curieux hasard du sort, emménagera dans la chambre qui fut occupée par le personnage du conte précédent. Loin d’être effrayée, celle-ci entamera avec lui un dialogue gestuel cocasse plein de tendresse et de poésie, alliant mime et danse tout à la fois.

Si cette pièce peut paraître totalement fantaisiste, voire carrément surréaliste, son intérêt réside à la fois dans sa mise en scène, simple et efficace, sa chorégraphie d’une grande richesse, parfaitement adaptée à son propos, et à son interprétation, la sensualité des différentes actrices, mimes et danseuses tout à la fois, n’ayant d’égal que leur technicité et leur précision. La pièce est en outre servie par une musique originale de Juong qui l'interprète elle-même en « live », une œuvre harmonieuse aux sonorités multicolores, apanage d'une musicienne d’une grande sensibilité: celle-ci fait appel tant aux cordes frappées que pincées, aux vents - à savoir un curieux harmonica de sa fabrication - et à la voix, en l’occurrence des fragments d’une chanson d’Edith Piaf…

Bref, un spectacle musico-chorégraphico-théâtral intelligent mais qui aurait été plus explicite si l'argument ou, au moins, les intentions de la chorégraphe avaient été précisés dans le programme....

J.M. Gourreau

Miroir des eaux - Confession d’un masque / Izumi Yamada, Espace Culturel Bertin Poirée, du 6 au 8 novembre 2013. 

Izumi Yamada / Miroir des eaux / Espace culturel Bertin Poirée / Novembre 2013

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