Jacques Fargearel / Ces deux-là / Connivence

Photo J.M. Gourreau

Jacques Fargearel :

 

Connivence

 

 

On n’imagine pas toujours tout ce qui peut se passer dans la tête de deux frères quand ils sont de connivence. Liés par l’amour fraternel, ils le sont aussi, voire davantage, le plus jeune par admiration pour son grand frère, et le grand frère par besoin de protection, de transmission ou d’éducation envers son cadet. Et ce, surtout lorsque la différence d’âge est importante. Souvent en effet, les liens qui les unissent ont une force étonnante. C’est ce que Jacques Fargearel a voulu nous montrer dans sa dernière création, Ces Deux-là !

Cela fait maintenant 20 ans que ce chorégraphe travaille sur les relations entre adultes et enfants mais il n’avait encore jamais abordé les liens purement fraternels. Les envisager dans le cadre de sa résidence à Orly était la suite logique de son parcours. Et puis, il faut dire aussi qu’il en mourait depuis longtemps d’envie… Le prétexte, ce fut également l’impérieux besoin de se frotter lui aussi à une technique propre aux jeunes d’aujourd’hui et qu’il n’avait encore jamais abordée, celle du hip-hop. Encore fallait-il trouver le sujet adéquat.

Au cours d’une audition se présenta à lui un garçon d’une dizaine d’années, autodidacte en la matière, et d’un charisme étonnant. Très vite des liens très forts se tissèrent, tant avec son partenaire de 10 ans plus âgé, qu’avec le chorégraphe. Tous trois se laissèrent porter par l’écriture dans l’espace mais aussi par le jeu, le plus jeune apportant son énergie, sa générosité, le plus âgé, son savoir faire et son enthousiasme. Le tout dans un écrin de couleurs complémentaires, le vert et le rouge, croisant leurs chemins ou progressant en parallèle sur le plateau. Le résultat ? Un fabuleux échange, une œuvre émouvante à l’extrême, touchante par son contenu et sa véracité, bien plus que par l’énergie dégagée. Si le chorégraphe a utilisé la technique hip-hop, il en a banni la virtuosité. La confrontation, les défis, les jeux, les parties de cache-cache mais aussi les déceptions et les colères se déroulent dans la lenteur et l’application, parfois comme un leitmotiv, et non dans l’urgence, sur de très belles musiques (Arvo Pärt, Run DMC et la création originale du groupe Canelasson). C’est alors merveille de voir tant de spontanéité et, en même temps une telle innocence et une telle fraîcheur, un tel désir de partage chez ce garçon qui, bien sûr, en s’affirmant, capte tous les suffrages ; et non moins émouvant de voir l’attention, la prévenance, l’empressement, l’écoute et l’écho du grand frère envers son cadet. Un amour quasi-filial, indéfectible, les unissait, on l’aurait presque juré, pour toute la vie.

 

J.M. Gourreau

 

Ces Deux-là ! / Jacques Fargearel, Centre culturel Aragon, Orly, Mars 2009.

 

Prochaines représentations : 28 mars à 16h, Théâtre Paul Eluard, Choisy-le-Roi (extraits) ;

                                              22 mai à 16h, Centre culturel Jean Houdremont, La Courneuve.

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