James Thiérrée / Tabac rouge / Quand James Thiérrée se met à danser

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Photos Richard Haughton et Mario del Curto



James Thiérrée :

Quand James Thiérrée se met à danser…

 

C’est nouveau, vous ne le verrez pas sur scène : James Thiérrée a décidé de rester en coulisses, « pour affiner son langage », dit-il. Mais, si vous le connaissez bien, vous allez sans nul doute le retrouver au travers de cet étonnant personnage décrépi, un peu bougon, plus ou moins tyrannique, qui est partout, qui régente tout, qui ne semble jamais content, malgré les attentions que lui prodiguent son double adolescent, un majordome un tantinet déjanté, voire cruel, et la pléiade de charmantes personnes du sexe dit faible qui gravite autour de lui. Car c’est son histoire en fait qu’il rapporte, sa vie. Et, pour la première fois, cet homme-orchestre, acteur-danseur-marionnettiste-acrobate-trapéziste-jongleur-magicien-mime-metteur en scène et musicien tout à la fois (ouf !), petit-fils de Charlie Chaplin et fils de Jean-Baptiste Thiérrée, le créateur du « Cirque invisible, » a pleinement ouvert son cinquième spectacle, Tabac rouge, à l’art de Terpsichore. Il faut dire que l’on avait pu trouver quelques bribes de danse dans Au revoir parapluie mais, aussi et surtout, dans Raoul. Ici, tout tourne autour d’un décor de conte de fées, les pans d’un gigantesque miroir haubané au sein des combles d'un théâtre, incliné, retourné, déplacé, toujours en métamorphose, démultipliant tout aussi bien les personnages (six danseuses, deux contorsionnistes et un acteur) que les différents éléments de la mise en scène, risquant à tout moment de s’effondrer comme un château de cartes... Il en est d’ailleurs de même pour un bureau-piano baroque, une vieille machine à coudre à pédale, un large fauteuil rouge éventré… tous éléments mus comme par magie, participant à une sorte d’introspection tous azimuts et en profondeur de leur géniteur, ne laissant cependant rien au hasard.

Que de chemin parcouru depuis son premier spectacle en 1998, La Symphonie du Hanneton, pièce inclassable réunissant, elle aussi, tous les arts à la fois. Vinrent ensuite La veillée des abysses, Au revoir parapluie puis le solo Raoul, spectacle dans lequel il évoquait l’histoire d’un homme plongé dans un univers fantasmagorique laissant courir ses désirs et ses tourments. Tabac rouge s’avère être une suite à Raoul, qui tente de révéler outre la fantaisie et les goûts du maître de céans, ce qui l’anime au plus profond de lui-même, entre autres son ras-le-bol de la solitude. D’où un spectacle énigmatique, un peu déconcertant, dans un monde onirique un tantinet angoissant, voire parfois carrément cauchemardesque, peuplé de créatures étranges qui peuvent se déplacer en rampant, en se tordant ou en sautillant, un univers évoquant celui de Jérôme Bosch. Une pièce où tout acte est panique, où toute action semble incohérente, irréfléchie, à l’instar de la mise en pièces de ces partitions déchirées par le majordome, lesquelles seront peu après recousues par une petite main aux doigts de fée… Un univers baroque aux multiples entrées pas toujours évidentes, résultant d’un foisonnement d’idées volontairement non canalisées, peut-être pour montrer qu’un spectacle résulte d’une foultitude d’éléments plus ou moins intriqués qu’il faut ordonner avant d’être livré sur la place publique. Un univers qui se terminera par la révolte des administrés contre le pseudo-tyran... Mais la poésie, l’humour et la légèreté sont toujours présents, ne serait-ce qu’au travers de ces femmes pied-de-lampe chapeautées d’un abat-jour croquignolet ou de cet étonnant ballet de chaises à roulettes. Bref, un spectacle où le délire est tout à la fois rêve et roi.

J.M. Gourreau

Tabac rouge / James Thiérrée, Théâtre de la Ville, du 25 juin au 8 juillet 2013.

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Prochaines représentations :

4-5 octobre 2013 : L’Arc, Le Creusot

12-13 octobre 2013 : Maison de la Culture, Nevers

18-20 octobre 2013 : Théâtre André Malraux, Rueil-Malmaison

25-26 octobre 2013 : Espace Jacques Prévert, Aulnay sous Bois

14-15 novembre 2013 : La Comédie de Valence

23-26 novembre 2013 : Opéra de Massy

James Thiérrée / Tabac rouge / Théâtre de la Ville / Juin-Juillet 2013

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