Jan Fabre / Attends, attends, attends / Il est urgent d'attendre

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Photos 

W. Bergmann

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.Jan Fabre :

Il est urgent d'attendre ...

 

Le rideau s'ouvre sur une image d'une beauté saisissante, celle d'un passeur, tout de rouge vêtu, surgissant d'épaisses brumes blanches qui s'élèvent des profondeurs du néant: les efforts démesurés qu'il déploie pour pousser une invisible barque en s'aidant d'une longue perche semblent inhumains. "Attends, attends, attends", finit-il par marmonner à bout de souffle, supplication adressée à un personnage mystérieux lui aussi invisible, lequel s'avèrera très vite être son père... Des paroles qui reviendront comme un leitmotiv tout au long de l'œuvre mais qui ne seront jamais suivies d'effet ! S'il cherche sans doute à reculer les limites de sa vie, peut-être s'efforce t'il du même coup de retarder pour son père celles de la mort.

La plupart des solos de Jan Fabre sont basés sur un dialogue imaginaire et souvent dramatique entre deux personnages, l'un virtuel, l'autre de chair et d'os, exprimant la vision, parfois très particulière, que Fabre peut avoir de l'âme humaine. Attends, attends, attends (pour mon père) en est un nouvel exemple. Comme nombre d'entre nous, Fabre est hanté par la mort. Elle est en effet présente dans toute son œuvre, qu'elle soit littéraire, plastique, théâtrale ou chorégraphique. Ce solo, créé l'année dernière pour l'un de ses plus fidèles interprètes, voire complice, Cédric Charron, est un poignant monologue au cours duquel un fils - Cédric lui même ? - supplie son père d'attendre, hésitant à se hasarder dans la voie que ce dernier lui offre et qui, pourtant, semble être celle de la raison. Comme s'il tentait toujours de reculer pour mieux sauter, comme s'il avait peur de s'engager dans l'inconnu, comme s'il était retenu par un fil invisible aux réalités matérielles de sa vie sans pouvoir les transgresser. Concrétiser la demande de son père serait pour lui un aboutissement, une fin, donc un pas en avant vers la mort. Souhait et attente sont alors engagés dans un face à face dont on ne verra jamais l'issue. Une pièce fascinante, esthétiquement superbe, aux confins de la danse et du théâtre, mettant parfaitement en valeur son interprète.

Mais c'est aussi à nouveau une œuvre qui pose question. Quoi donc en effet de plus naturel pour un père que de chercher à transmettre son savoir à son enfant, que de le presser de toutes ses forces à suivre sa propre voie avant de passer dans l'autre monde ? Celui-ci a en effet tout à apprendre de son père qui, lui, a beaucoup appris durant son existence. Or, ce fils se fait tirer l'oreille... Cette tendance à remettre systématiquement au lendemain ce que l'on pourrait faire le jour même porte un nom : c'est la procastination, un état qui, cependant, n'a rien de pathologique. C'est toutefois un état qui, selon les cliniciens, serait en partie connecté au manque de confiance en soi, à l'ennui, à l'apathie, ainsi qu'à l'impulsivité. A voir Cédric Charron sur scène, on n'en jurerait certainement pas...

J.M. Gourreau

Attends, attends, attends (pour mon père) / Jan Fabre, Théâtre de Vanves, 23 janvier 2015, en ouverture du 17ème Festival Ardanthé.

 

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