Jan Fabre / Le pouvoir des folies théâtrales / Le théâtre de la cruauté

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Jan Fabre :

Le théâtre de la cruauté

 

Le pouvoir des folies théâtrales est sans doute l'une des plus célèbres des pièces de Jan Fabre. C'est vraisemblablement aussi la plus longue puisque sa durée avoisine les 4h20. Peut-être également la plus décriée à sa création, il y a plus de 30 ans au Festival de Venise, très exactement le 11 juin 1984 au Théâtre Carlo Goldoni. Aujourd'hui, elle n'a certes plus tout à fait le même impact, les mœurs ayant beaucoup évolué, mais elle a gardé toute sa force et son pouvoir hypnotique. Elle révèle en outre la stratégie utilisée par Jan Fabre pour faire passer ses messages, la réitération des textes et des actions qu'il considère comme essentiels jusqu'à l'épuisement physique des acteurs... et moral des spectateurs. Si l'œuvre évoque l'histoire du théâtre avec, en toile de fond, des peintures des XVIIème et XIXème siècles faisant la part belle aux nus voluptueux, aux anges et aux guerriers en armes, elle met aussi à mal la condition féminine, dénonçant le caractère machiste, iconoclaste, cruel et provocateur de son auteur.

Il est difficile d'évoquer en quelques lignes toute la richesse du contenu de cette pièce pleine de sous-entendus, aux allusions et références extrêmement nombreuses, mettant en avant la très grande culture de cet homme de théâtre. Cela va des contes de fées (La belle au bois dormant, Les habits neufs de l’empereur, La grenouille et la princesse de Walt Disney) jusqu’à des considérations philosophiques relatives au passage du temps sur l'être vivant. Sur scène, cette œuvre n'est ni plus ni moins qu'une suite de séquences extraites d'actions quotidiennes sorties de leur contexte habituel, célébrant la grandeur et la folie du théâtre des décennies révolues, tout particulièrement de celles qui ont fait date dans l’histoire, et qui ne subsistent aujourd’hui que sous forme de souvenirs.

Toutefois l'idée dominante est que, pour Fabre, la femme - tout au moins au théâtre - ne semble pouvoir exister que si elle est soumise ; elle reste un instrument ou un jouet entre les mains de l'homme, seul être ayant droit à quelque considération, et encore, pas toujours, certains d'entre eux étant assimilés à des représentants de l'espèce canine... Mais c’est surtout sur la gent féminine qu’il s’acharne, comme si elle était la proie de tous les vices. Plusieurs scènes sont à ce titre fort démonstratives, entre autres celle où un homme empêchera, pendant presque une demie heure, une de ses congénères tombée dans la fosse de remonter sur scène, malgré ses supplications, ses pleurs, sa détresse morale et ce, en utilisant même la violence, l’empoignant pour la rejeter dans la fosse comme un sac de patates. Des scènes qui, réitérées inlassablement, ont pour effet d’atterrer puis de hérisser le public en le dressant contre son auteur. Toutefois, le spectateur restera à sa place, ne serait-ce que pour voir jusqu’où cette « folie théâtrale » pourrait aller… Et là, en l’occurrence, l’impétrante malheureuse n'aura accès au plateau que lorsqu’elle aura trouvé la réponse à l’énigme qui lui est posée, à savoir la signification de 1873, la date de création de l’Anneau du Niebelung de Wagner, opéra fétiche de Fabre (comme toute l’œuvre de Wagner d’ailleurs) qui sous-tend en partie cette pièce.

Il faut dire toutefois que certaines de ces dames semblent se prêter au jeu comme si elles en éprouvaient malgré tout un certain plaisir, sans doute par masochisme : cette pièce se termine en effet par une scène grandiloquente où l’on voit une femme nue s’avancer jusqu’à un homme seul sur scène, assis sur une magnifique chaise damassée d’un somptueux velours pourpre et flanquée sur chacun de ses côtés d’une colonne supportant une cage abritant deux splendides aras bleu et jaune. Arrivée devant lui, elle se couche sans autre forme de procès sur ses genoux, quémandant une fessée… qui ne sera interrompue que lorsqu’elle énoncera elle aussi la signification de la date 1873 ! Serait-on à même de la plaindre dans un tel cas ? Des scènes érotiques, violentes, cruelles, insoutenables, voire cauchemardesques, parfois aussi poétiques, émaillent ainsi toute l'œuvre. Mais il faut cependant toujours garder à l'esprit que cela est et ne reste finalement jamais que du théâtre.

J.M. Gourreau

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Le pouvoir des folies théâtrales
/ Jan Fabre, Théâtre de Gennevilliers, du 6 au 12 février 2015.

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Jan Fabre / Le pouvoir des folies théâtrales / Gennevilliers / Février 2015

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