Jan Fabre / Tragedy of a Friendship / La volupté dans la souffrance

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Jan Fabre :

 

La volupté dans la souffrance

 

Iconoclaste, il est, iconoclaste, il restera. Mais Jan Fabre n’avait jamais été aussi loin dans la représentation du masochisme chez l’Homme. Des scènes crues d’une sauvagerie et d’une violence inouïes dans cette Tragedy of a Friendship : cette création évoque les soi-disant attirances incestueuses de Richard Wagner et de Friedrich Nietzsche au travers de différents éléments tirés des 13 opéras du célèbre compositeur. Fabre lui voue d'ailleurs depuis toujours une admiration sans bornes, et il estime - sans doute à tort - que Wagner porte d’une certaine façon un Nietszche en lui, et vice-versa. Mais, comme il le conclut lui même, « de telles projections du moi devaient finir dans la haine... »

Pourtant, ce n’est pas tant la haine ou, au départ, l’amitié, voire l’amour entre les deux hommes que montre Jan Fabre mais plutôt la sauvagerie et les instincts bestiaux refoulés de l’homme vis-à-vis de ses compagnes du sexe dit faible, qu’il considère d’ailleurs à certains moments comme des serpents : au début de la pièce, il met déjà en scène des êtres du sexe dit fort (des Wagner ou des Nietszche ?) à quatre pattes, reniflant le postérieur de leurs compagnes comme des chiens… Le summum de l’horreur sera atteint l’instant d’après dans une scène de viol d’un réalisme saisissant au cours de laquelle les deux héros se jetteront tour à tour sur une femme mise sauvagement à nu, et dont les cris et pleurs aussi déchirants que bouleversants ne serviront qu’à les exciter davantage… Des scènes insoutenables qui n’en éclipsent pas pour autant d’autres passages sado-masochistes tout aussi, crus évocateurs de masturbation féminine collective, au cours desquels les protagonistes semblent entrer en transe en hurlant de jouissance et ce, devant l’image filmée d’une femme environnée de flammes…

Bien sûr, ces scènes insoutenables sont émaillées de nombreux passages - d’ailleurs souvent surréalistes - d’une grande beauté, d’autant que la durée de la représentation avoisine les 3h20 sans entracte… Ce qui nous amène tout de même à nous poser des questions sur les raisons qui ont poussé Jan Fabre à mettre en scène un tel spectacle. Pour le plaisir de provoquer sans doute ? Mais pas seulement. Dans la dernière séquence de l’œuvre, la gent féminine qui a gagné le fond de la salle, se met en devoir de balancer des œufs (pourris ?) sur Wagner et Nietzsche restés seuls en scène. Est-ce par sentiment de révolte envers le chorégraphe pour les avoir traînées dans la boue ou bien contre les instincts parfois difficilement réfrénés, voire certains actes non refoulés de la gent masculine ? Quoi qu’il en soit, le message - si message il y a - est réellement trop puissant pour être reçu sereinement…

J.M. Gourreau

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Tragedy of a Friendship / Jan Fabre, Théâtre de la Ville, du 29 mai au 3 juin 2013.

Jan Fabre / Tragedy of a Friendship / Théâtre de la Ville / Mai 2013

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