Jan Martens / Rule of Three / Rythme, quuand tu nous dévores...

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Photos Phile Deprez

 

Jan Martens:

Rythme, quand tu nous dévores...

 

Est-ce un spectacle sous l'égide d'Euterpe ou sous celle de Terpsichore ? Il est bien difficile de répondre à cette question... Ce qui est sûr, c'est que la danse s'imbrique, se coule dans la musique qui en est l'énergie motrice, la force propulsive, pour former un tout unique et indivisible. Pourtant, à l'origine, Rule of Three devait être une "collection d'histoires courtes". Mais, si cette œuvre s'avère bien une suite de pièces rapportées, aucune histoire ne paraît les sous-tendre, et la danse ne semble exister que du fait de la présence et de la réalité de la musique. Une musique fort prégnante, électrisante, dévorante même, dont l'interprétation relève même de la danse.

A l'origine, nous dit Jan Martens, "une vidéo de NAH que j'ai vue par hasard sur un blog de musique, une très belle vidéo mais dans laquelle le musicien n'apparaît pas. Je ne pouvais donc pas deviner s'il s'agissait d'un groupe ou d'un soliste. Après quelques recherches, j'ai découvert que c'était un one man's band. Il crée des combinaisons entre des compositions antérieures à la batterie et ses live. Je lui ai écrit, je l'ai vu jouer en live, et là, je me suis dit : c'est fantastique, il faut qu'on travaille ensemble"... Petit à petit, tout comme l'oiseau fait son nid, les choses se sont mises en place. A Steven Michel et Julien Josse, les deux compères du chorégraphe que l'on avait l'habitude d'admirer en tant qu'interprètes de ses pièces précédentes, il a adjoint une toute menue mais délicieuse "femme-enfant", Courtney May Robertson, danseuse hors pair, d'une incomparable présence sur scène. Irai-je jusqu'à dire qu'elle y est pour beaucoup dans la réussite du spectacle ?

Une tonitruante explosion de tambours, assortie d'un éclair aveuglant ponctue le début de l'œuvre. Les battements saccadés et rapides des percussions qui lui font suite régissent, de concert - du fait des variations de leur profondeur et de leur puissance sonore - non seulement l'intensité des éclairages mais aussi la gestuelle des trois danseurs qui viennent d'entrer sur scène. D'entrée de jeu, on est conquis par l'harmonieuse symbiose qui s'établit entre la musique et la danse. Les corps deviennent alors des réceptacles de la musique. Une musique syncrétique et variée aussi agréable à écouter que la danse l'est à contempler. Un solo de percussions et de musique électronique live que la danse, complémentaire, illustre, décrit et rend visible, atténue ou renforce, en lui apportant de nouvelles valeurs : du fait de sa répétitivité et de son rythme obsessionnel, elle finit par envoûter et conférer un état de transe qui embarque le spectateur. Une gestuelle abstraite, évidente, d'une grande richesse, saccadée, quasi-mécanisée, de temps à autre sautillée voire stroboscopée, jamais neutre.

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                                    Photo Joeri Thiry                                                                                                                                             Photo Phile Deprez

Pièce rapportée

Soudainement, alors que rien ne le laissait prévoir, le batteur quitte la salle. Changement brutal d'atmosphère. Comme désemparés, les danseurs se déshabillent, tandis que la lumière baisse et que la pénombre s'installe. Ils regagnent alors le centre de la scène qui s'éclaire soudain d'une lumière violente. C'est très lentement, avec calme et volupté qu'ils se rejoignent pour édifier, de leurs corps nus, des sculptures évoquant certaines œuvres de Rodin ou de Camille Claudel en différentes zones du plateau. Le spectateur aurait-il été transféré dans un atelier des beaux-arts ? Des poses plastiques, sensuelles, lascives et très recherchées il est vrai mais qui arrivent là comme des cheveux sur la soupe, on se demande bien pourquoi. Effet mode ? Dommage...

J.M. Gourreau

Rule of Three / Jan Martens, Espace Pierre Cardin, du 9 au 15 novembre 2017, dans le cadre de la 46ème édition du Festival d'automne à Paris.

 

Jan Martens / Rule of Three / Espace Pierre Cardin / Novembre 2017

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